Pag. 224. L'obscur laconisme de l'hébreu dans ce passage, n'a été compris d'aucun traducteur: le grec ne présente pas de sens raisonnable; le latin qui a voulu en faire un, et qui a été copié par le français, l'anglais, etc., s'exprime ainsi:—«Sont-ce des holocaustes et des victimes que le Seigneur demande? n'est-ce pas plutôt que l'on obéisse à sa voix? L'obéissance est meilleure que les victimes; il vaut mieux lui obéir que de lui offrir les béliers les plus gras, car c'est une espèce de magie de ne vouloir pas se soumettre; et ne pas se rendre à sa volonté, c'est le crime de l'idolâtrie.»
L'on voit que ceci est un pur radotage privé de sens. Voici le texte:
An voluntas Domino in ascensionibus et victimis, sicut audiens Hé Hafs l'ïehouh bé aloût oua zabahim ke somâ
in verbo Dei? Hîc audiens ex victimâ bonum (ou boni) in inspectione be qôl ïehouh heneh semâ me zabah toub le heqsib
adipis arietum; quia peccatum divination rebellio et vacuitas mableb aïlïm ki Hâtat quesm meri ou âoun
et idolis fiducia. ou tarafim he fasr.
Le latin ne rend pas parfaitement le texte, parce que dans l'hébreu les genres manquent de signes comme dans l'anglais; par exemple, toub est comme good, et peut signifier bon, bonne, bonté. L'on voit la difficulté de saisir le sens d'un style si oraculaire; mais quelle est ici la pensée de Samuël? il se dit interprète de Dieu, recevant sa parole tête à tête comme Moïse; si d'autres que lui parvenaient à connaître cette parole ou cette volonté par le moyen des victimes, son privilége serait perdu: il a donc intérêt de décréditer ce moyen, et comme il en connaît la fausseté, en le décréditant, il met les prêtres hors de pair avec lui sans qu'ils osent s'en plaindre; ce doit être là le sens de ses paroles à Saül. Le français littéral peut se dire ainsi:
«Dieu veut-il des victimes et des (fumées) montantes (de grillades); (car c'est le vrai sens d'holocaustes), autant que l'audition (obéissante) à sa parole? Ici l'on écoute (on veut connaître) le bon (succès) par la victime en regardant avec attention la graisse des béliers.»
Or, ou mais (le mot hébreu ki a une multitude de sens, même le disjonctif), or, ou mais, le péché de devination est révolte, chimère, confiance aux idoles, etc.
Du moins ici il y a un sens raisonnable et non pas forcé ou nul, comme lorsque le mot toub est traduit par meilleur et que l'on renverse la phrase pour le placer. On ne saurait le nier, les livres hébreux sont encore à traduire. On a beau nous vanter nos pères en doctrines; les anciens ont manqué totalement de critique, et de plus, ils ont manqué des moyens scientifiques que le temps a cumulés en faveur des modernes: il est démontré que les prétendus septante n'ont point entendu l'hébreu, malgré toute la fable d'inspiration dont on a voulu les entourer, et dont la fourberie est démontrée par le savant bénédictin Montfaucon, dans les Hexaples d'Origène, tom. 1er.