«Ils représentent, dit-il ailleurs, le dieu Kneph ou la cause efficiente, sous la forme d'un homme de couleur bleu foncé (celle du ciel), ayant en main un sceptre, portant une ceinture, et coiffé d'un petit bonnet royal de plumes très-légères, pour marquer combien est subtile et fugace l'idée de cet être.» Sur quoi j'observerai que Kneph, en hébreu, signifie une aile, une plume; que cette couleur bleue (céleste) se trouve dans la plupart des dieux de l'Inde, et qu'elle est, sous le nom de narayan, une de leurs épithètes les plus célèbres.

Pag. [153], lig. 25. (Que les lamas ne sont que des manichéens.) Voyez l'Histoire du Manichéisme, par Beausobre, qui prouve que ces sectaires furent purement des zoroastriens; ce qui fait remonter l'existence de leurs opinions 1200 ans avant J. C. Il suit de là que Boudd Chaucasam fut encore antérieur, puisque la doctrine boudiste se trouve dans les plus anciens livres indiens, dont la date passe 3100 ans avant notre ère (tel que le Bahgouet-guîta). Observez d'ailleurs que Boudd est la 9e avatar ou incarnation de Vichenou, ce qui le place à l'origine de cette théologie. En outre, chez les Indiens, les Chinois, les Thibétains, etc., Boudd est le nom de la planète que nous appelons Mercure, et du jour de la semaine consacré à cette planète (le mercredi); cela le remonte à l'origine du calendrier; en même temps cela nous l'indique primitivement identique à Hermès, ce qui étend son existence jusqu'en Égypte. Maintenant remarquez que les prêtres égyptiens racontaient qu'Hermès mourant avait dit: «Jusqu'ici j'ai vécu exilé de ma véritable patrie; j'y retourne: ne me pleurez pas; je retourne à la céleste patrie où chacun se rend à son tour: là est Dieu; cette vie n'est qu'une mort.» Voyez Chalcidius in Timœum. Or, cette doctrine est précisément celle des boudistes anciens, ou samanéens, des pythagoriciens et des orphiques. Dans la doctrine d'Orphée, le dieu monde est représenté par un œuf: dans les idiomes hébreu et arabe, l'œuf se nomme baidh, analogue à Boùdd (Dieu), et à Boûd, en persan l'existence, ce qui est (le monde), Boùdd est encore analogue à bed et vad, qui chez les Indiens signifie science. Hermès en était le dieu: il était l'auteur des livres sacrés ou Védas égyptiens. On voit quels rameaux présente, et à quelle antiquité tout ceci nous porte. Maintenant le prêtre boudiste d'Ava ajoute: «Qu'il est de foi que, de temps à autre, le ciel envoie sur la terre des Boudda pour amender les hommes, les retirer de leurs vices, et les remettre en voie de salut.» Avec un tel dogme répandu dans l'Inde, dans la Perse, dans l'Égypte, dans la Judée, on sent combien les esprits ont dû être disposés dès long-temps à ce que des siècles postérieurs nous offrent.

Pag. [154], lig. 6. (Long-temps avant Iésous.) D'après les notions des savants anglais de l'Inde, la doctrine de Boudda y est très-ancienne. L'écrivain anonyme que nous avons cité, pag. 319, lig. 23, cite un traité écrit il y a peu d'années par le chef des prêtres bouddites d'Ava, à la prière de l'évêque catholique de cette ville, qui dit: «Que les dieux qui ont apparu dans le présent monde jusqu'à ce jour, sont au nombre de quatre, savoir: Boudda Chaucasam, Boudda Gonagom, Boudda Gaspa, et Boudda Gautama, duquel la loi règne actuellement; il obtint la divinité à trente-cinq ans, et passa à l'immortalité 2362 ans (avant la date du dit écrit, qui se place vers 1805.)» Par conséquent Gautama serait mort vers l'an 557 avant l'ère chrétienne, au temps où régnait Kyrus en Perse, et où florissait Pythagore.

2º D'autre part, des écrivains arabes et persans, cités dans l'Hist. des Huns, tom. II, par de Guignes; dans l'Hist. de la Chine, tom. V, in-4º, note de la page 50, et dans la préface de l'Ezour Vedam (Yadjour-Veda), placent l'apparition d'un autre Boudda à l'année 1027 avant notre ère (ce serait Gaspa).

3º Le tableau statistique de l'empereur mogol Akbar, intitulé Ain Akberi, traduit par Gladwin, dit, pag. 433, tom. II, que Boudd avait disparu 2962 ans avant l'an 40 de cet empereur, c'est-à-dire 1366 ans avant J.-C. (ce serait Gonagom.)

Pag. [154], lig. 14 (Fondés sur l'absence de tout témoignage authentique.) «Tout le monde sait,» disait Fauste, qui, quoique manichéen, fut un des plus savants hommes du IIIe siècle, «tout le monde sait que les Évangiles n'ont été écrits ni par J.-C. ni par ses apôtres, mais long-temps après, par des inconnus, qui, jugeant bien qu'on ne les croirait pas sur des choses qu'ils n'avaient pas vues, mirent à la tête de leurs récits des noms d'apôtres ou d'hommes apostoliques et contemporains.» Sur cette question, voyez l'Histoire des Apologistes de la Religion chrétienne, attribuée à Fréret, mais qui est de Burigny, membre de l'Académie des inscriptions. Voyez aussi Mosheim, De rébus christianorum; Correspondance of Atterbury, Archbishop, 5 vol. in-8º, 1798; Toland, Nazarenus; et Beausobre, Histoire du Manichéisme, tom, i. Il résulte de tout ce qu'on a écrit pour et contre, que l'origine précise du christianisme n'est pas connue; que les prétendus témoignages de Josèphe (Antiq. jud., lib. XVIII, c. 3) et de Tacite (Annales, lib. XV, c. 44) ont été interpolés vers le temps du concile de Nikée, et que personne n'a encore mis en évidence le fait radical, c'est-à-dire l'existence réelle du personnage qui a occasioné le système. Sans cette existence néanmoins, il serait difficile de concevoir l'apparition du système à son époque connue, encore qu'il ne soit pas sans exemple en histoire de voir des suppositions gratuites et absolues. Pour résoudre ce problème, vraiment curieux et important, il faudrait qu'un esprit doué de sagacité, muni d'instruction, et surtout d'impartialité, profitant des recherches déja faites, y ajoutât un tableau comparatif de la doctrine des boudistes, et spécialement de la secte de Samana Gautama, contemporain de Kyrus; qu'il examinât quelle fut la facilité des communications de l'Inde avec la Perse et la Syrie, surtout depuis le règne de Darius Hystaspe, qui, selon Agathias et Ammien, consulta les sages de l'Inde, et introduisit plusieurs de leurs idées chez les mages; quelle fut encore cette facilité depuis Alexandre, sous les Séleucides, qui entretenaient des relations diplomatiques avec les rois indiens, il verrait que, par suite de ces communications, le système des samanéens put se répandre de proche en proche jusqu'en Égypte; qu'il put être la cause déterminante de la corporation des esséniens en Judée, etc,: alors il ne resterait plus qu'à examiner si, toutes choses étant ainsi préparées, l'exaltation générale des esprits n'a pas pu susciter un individu qui aurait rempli le rôle désigné: soit que lui-même se fût cru et annoncé pour être le personnage attendu, soit que ce fût la multitude qui, enthousiasmée de sa conduite, de sa doctrine et de ses prédications, lui en eût attribué l'emploi. Dans l'un et l'autre cas, il serait conforme aux probabilités humaines que des attroupements populaires eussent excité la surveillance et l'inquiétude du gouvernement romain, et qu'enfin un incident remarquable, tel que l'entrée en Jérusalem, eût déterminé le préfet à une mesure de rigueur, à un acte de sévice qui aurait brusquement terminé ce drame (à peu près comme il est raconté), mais qui n'aurait fait qu'accroître l'intérêt pour le personnage regretté, et par-là donné lieu à des récits et à des associations dont le résultat cadrerait parfaitement avec l'état de choses qui apparaît ensuite dans l'histoire. Sans doute là où manque son témoignage positif, l'on ne pourrait établir ce qu'on appelle certitude morale; mais par l'enchaînement des causes et des effets, on pourrait arriver à un degré de probabilité qui en produirait l'effet; puisque d'ailleurs, avec les témoignages les plus positifs, l'histoire n'a jamais de droit qu'aux plus ou moins grandes probabilités.

Ibidem, lig. 27. (La doctrine intérieure) Les boudistes ont deux doctrines, l'une publique et ostensible, l'autre intérieure et secrète, précisément comme les prêtres égyptiens. Pourquoi cette différence? demandera-t-on. C'est que la doctrine publique enseignant les offrandes, les expiations, les fondations, etc., il est utile de la prêcher au peuple; au lieu que l'autre enseignant le néant et ne rapportant rien, il convient de ne la faire connaître qu'aux adeptes. On ne peut classer plus évidemment les hommes en fripons et en dupes.

Pag. [156], lig. 18. (Voilà ce qu'a révélé notre Boudah.) Ce sont les propres termes de La Loubère, dans sa Description du royaume de Siam et de la théologie des bonzes. Leurs dogmes, comparés à ceux des anciens philosophes de la Grèce et de l'Italie, retracent absolument tout le système des stoïciens et des épicuriens, mêlé avec des superstitions astrologiques et quelques traits du pythagorisme.

Pag. [165], lig. 4. (La barbarie originelle du genre humain.) C'est le témoignage unanime de toutes les histoires, et même des légendes, que les premiers hommes furent partout des sauvages, et que ce fut pour les civiliser et leur apprendre à faire du pain, que les dieux se manifestèrent.

Ibidem, lig. 9. (N'acquiert d'idées que par l'intermède de ses sens). Voilà précisément où ont échoué les anciens, et d'où sont venues leurs erreurs: ils ont supposé les idées de Dieu innées, coéternelles à l'ame; et de là toutes les rêveries développées dans Platon et Iamblique. Voy. le Timée, le Phédon, et de Mysteriis Ægyptiorum, sect. Ire, chap, 3.