Pag. [170], lig. 21. (Le témoignage de tous les anciens monuments.) Il résulte clairement, dit Plutarque, des vers d'Orphée et des livres sacrés des Égyptiens et des Phrygiens que la théologie ancienne, non-seulement des Grecs, mais en général de tous les peuples, ne fut autre chose qu'un système de physique, qu'un tableau des opérations de la nature, enveloppé d'allégories mystérieuses et de symboles enigmatiques: de manière que la multitude ignorante s'attachât plutôt au sens apparent qu'au sens caché, et que même dans ce qu'elle comprenait de ce dernier, elle supposât toujours quelque chose de plus profond que ce qui paraissait. Plutarque, fragment d'un ouvrage perdu, cité dans Eusèbe, Præpar. evang. lib. III, chap. I, page 85.
«La plupart des philosophes, dit Porphyre, et entre autres Chæremon (qui vécut en Égypte dans le premier siècle de l'ère chrétienne) ne pensent pas qu'il ait jamais existé d'autre monde que celui que nous voyons: et ils ne reconnaissent pas d'autres dieux, de tous ceux qu'allèguent les Égyptiens, que ce que l'on appelle vulgairement les planètes, les signes du zodiaque et les constellations, qui jouent avec eux en aspect (de lever et de coucher); à quoi ils ajoutent leurs divisions de signes en décans ou maîtres du temps, qu'ils appellent les chefs forts et puissants dont les noms, les vertus curatives des maladies, les couchers, les levers, les présages de ce qui doit arriver, font la matière des almanachs (c'est-à-dire que les prêtres égyptiens faisaient de véritables almanachs de Mathieu Laensberg); car lorsque les prêtres disaient que le soleil était l'architecte de l'univers, Chæremon sentait que tous leurs récits sur Isis et sur Osiris, que toutes leurs fables sacrées se rapportaient en partie aux planètes, aux phases de la lune; au cours du soleil, en partie (aux étoiles de) l'hémisphère du jour et de la nuit, ou au fleuve du Nil, en un mot, à des êtres physiques, naturels, et rien à des êtres immatériels et dépourvus de corps... Tous ces philosophes croient que les mouvements de notre volonté et de nos actions dépendent de ceux des astres, qu'ils en sont dirigés; et ils se soumettent aux lois d'une nécessité (physique) qu'ils appellent destin ou fatum, supposant une chaîne (de causes et d'effets) qui lie, par je ne sais quel lien, tous les hommes entre eux (depuis l'atome) jusqu'à la puissance supérieure et à l'influence première de ces dieux; en sorte que, soit dans les temples, soit dans les simulacres ou idoles, ils n'adorent autre chose que la puissance de la destinée,» (Porphyr. Epis. ad Ianebonem.)
Pag. [171], lign. 11. (Exigea la connaissance des cieux.) Jusqu'à ce jour on a répété, sur l'autorité indirecte de la Genèse, que l'astronomie avait été inventée par les enfants de Noé. On a raconté gravement que, pâtres errants dans les plaines de Sennaar, ils employaient leur désœuvrement à rédiger un système des cieux; comme si des pâtres avaient besoin de connaître plus que l'étoile polaire, et comme si le besoin n'était pas l'unique motif de toute invention! Si les anciens pasteurs furent si studieux et si habiles, comment arrive-t-il que les modernes soient si ignorants et si négligents? Or, il est de fait que les Arabes du désert ne connaissent pas six constellations, et qu'ils n'entendent pas un mot d'astronomie.
Pag. [172], lign. 12. (Des génies auteurs des biens et des maux.) Il paraît que par le mot genius les anciens ont entendu proprement une qualité, une faculté génératrice, productrice; car tous les mots de cette famille reviennent à ce sens: generare, genos, genesis, genus, gens.
«Les sabéens anciens et modernes, dit Maimonides, reconnaissent un dieu principal, fabricateur du monde et possesseur du ciel; mais à cause de son éloignement trop grand, ils le pensent inaccessible; et imitant la conduite du peuple à l'égard des rois, ils emploient auprès de lui pour médiateurs les planètes et leurs anges, auxquels ils donnent le titre de princes et de rois, et qu'ils supposent habiter dans ces corps lumineux, comme dans des palais ou tabernacles, etc.» (More Nebuchim, pars III, c. 29.)
Ibidem, lign. 28. (Un sexe tiré du genre de son appellation.) Selon qu'un objet se trouva du genre masculin ou féminin dans la langue d'un peuple, le dieu qui porta son nom se trouva mâle ou femelle chez ce peuple. Ainsi les Cappadociens disaient le dieu Lunus et la déesse Soleil; et ceci présente sans cesse les mêmes êtres sous des formes diverses, dans la mythologie des anciens.
Pag. [173], lig. 20. (Ce qui contribue à la conservation de soi et de ses semblables.) À ceci Plutarque ajoute que ces prêtres (égyptiens) ont toujours fait le plus grand cas de la conservation de la santé..., et qu'ils la regardent comme une condition nécessaire au service des dieux et à la piété, etc. (Voy. Isis et Osiris, à la fin.)
Ibidem, lig. 26.(Paraissent remonter au delà de quinze mille ans.) L'orateur historien suit ici l'opinion du savant Dupuis, qui d'abord en son mémoire sur l'Origine des Constellations, puis dans son grand ouvrage sur l'Origine de tous les Cultes, à rassemblé une foule de preuves que jadis la balance était placée à l'équinoxe du printemps, et le belier à l'équinoxe d'automne, c'est-à-dire que la précession des équinoxes a causé un déplacement de plus de sept signes. L'action de ce phénomène est incontestable: les calculs les plus récents l'évaluent à 50 secondes, 12 ou 15 tierces par an; donc chaque degré de signe zodiacal est déplacé et mis en arrière, en 71 ans 8 ou 9 mois; donc un signé entier, en 2152 ou 53 ans. Or si, comme il est de fait, le point équinoxial du printemps fut juste au 1er degré du belier, l'an 388 avant J.-C.; c'est-à-dire si, à cette époque, le soleil avait parcouru et mis en arrière tout ce signe pour entrer dans les poissons, qu'il a quittés de nos jours, il s'ensuit qu'il avait quitté le taureau 2153 ans auparavant, c'est-à-dire vers l'an 2540 avant J.-C., et qu'il y était entré vers l'an 4692 avant J.-C. Ainsi, remontant de signe en signe, le 1er degré du belier avait été le point équinoxial d'automne environ 12,912 ans avant l'an 388, c'est-à-dire 13,300 ans avant l'ère chrétienne: ajoutez nos dix-huit siècles, vous avez 15,100 ans, et de plus la quantité de temps et de siècles qu'il fallut pour amener les connaissances astronomiques à ce degré d'élévation. Maintenant remarquez que le culte du signe taureau joue un rôle principal chez les Égyptiens, les Perses, les Japonais, etc.; ce qui indique à cette époque une marche commune d'idées chez ces divers peuples. Les 5 ou 6000 ans de la Genèse ne font objection que pour ceux qui y croient par éducation: (Voy. à ce sujet l'analyse de la Genèse, dans le tom. ier des Recherches nouvelles sur l'histoire ancienne; voy. aussi l'Origine des Constellations, par Dupuis, 1781; l'Origine des Cultes, en 3 vol. in-4º, 1794, et le Zodiaque chronologique, in-4º, 1806.)
Pag. [176], lig. 2. (Les noms des objets terrestres qui leur répondaient.) «Les anciens, dit Maimonides, portant toute «leur attention sur l'agriculture, donnèrent aux étoiles des «noms tirés de leurs occupations pendant l'année.» (More Neb...., pars v.)
Pag. [177], lig. 19. (Tel fut le moyen d'appellation.) Les anciens disaient: crabiser, capriser, tortuiser, comme nous disons serpenter, coqueter; tout le langage a été construit sur ce mécanisme.