Ibidem, lig. 4. (Un fluide iégn, électrique.) Plus je considère ce que les anciens ont entendu par æther et esprit, et ce que les Indiens nomment l'akache, plus j'y trouve d'analogie avec le fluide électrique. Un fluide lumineux remplissant l'univers, composant la matière des astres, principe de mouvement et de chaleur, ayant des molécules rondes, lesquelles s'insinuant dans un corps, le remplissent en s'y dilatant, quelle que soit son étendue: quoi de plus ressemblant à l'électricité?

Ibidem, lig. 7. (Le cœur ou le foyer.) Les physiciens, dit Macrobe, appelèrent le soleil cœur du monde, c. 20, Som. Scip. Les Égyptiens, dit Plutarque, appellent l'orient le visage, le nord le côté droit, le midi le côté gauche du monde (parce que le cœur y est placé). Sans cesse ils comparaient l'univers à un homme, et de là le Microcosme si célèbre des alchimistes. Observons, en passant, que les alchimistes, les cabalistes, les francs-maçons, les magnétiseurs, les martinistes, et tous les visionnaires de ce genre, ne sont que des disciples égarés de cette école antique. Consultez, encore le pythagoricien Ocellus Lucanus, et l'Œdipus Ægypliacus de Kirker, t. ii, page 205.

Ibidem, lig. 28. (Dans l'éther, au milieu de la voûte des cieux.) Cette comparaison à un jaune d'œuf porte, 1º sur l'analogie de la figure ronde et jaune; 2º sur la situation au milieu; 3º sur le germe ou principe de vie placé dans le jaune. La figure ovale serait-elle relative à l'ellipse des orbites? Je suis porté à le croire. Le mot orphique offre d'ailleurs une remarque nouvelle. Macrobe dit (Som. Scipion., c. 14 et c. 20) que le soleil est la cervelle de l'univers, et que c'est par analogie que dans l'homme le crâne est rond, comme l'astre siége de l'intelligence: or, le mot ærph (par aïn) signifie en hébreu le cerveau et son siège (cervix); alors Orphée est le même que Bedou ou Baits; et les bonzes sont ces mêmes orphiques que Plutarque nous peint comme des charlatans qui ne mangeaient point de viande, vendaient des talismans, des pierres, etc., et trompaient les particuliers et même les gouvernements. Voy. un savant Mémoire de Fréret, sur les Orphiques. Acad des Inscrip. tom. xxiii, in-4º.

Pag. [201], lig. 10. (Sur là tête une sphère d'or.) Voy. Porphyre, dans Eusèbe, Præpar. evangel., lib. iii, pag., 115.

Pag. [203], lig. 13. (De la tout le système de l'immortalité de l'ame.) Dans le système des premiers spiritualistes, l'ame n'était point créée avec le corps, ou en même temps que lui, pour y être insérée; elle existait antérieurement et de toute éternité. Voici, en peu de mots, la doctrine qu'expose Macrobe à cet égard. Som. Scip. passim.

«Il existe un fluide lumineux, igné, et très subtil, qui, sous le nom d'æther et de spiritus, remplit l'univers; il compose la substance du soleil et des astres; il est le principe et l'agent essentiel de tout mouvement, de toute vie; il est la Divinité. Quand un corps doit être animé sur la terre, une molécule ronde de ce fluide gravite par la voie lactée vers la sphère lunaire; et parvenue là, elle se combine avec un air plus grossier, et devient propre à s'associer à la matière: alors elle entre dans le corps qui se forme, le remplit tout entier, l'anime, croît, souffre, grandit et diminue avec lui: lorsque ensuite il périt et que ses éléments grossiers se dissolvent, cette molécule incorruptible s'en sépare, et elle se réunirait de suite au grand océan de l'éther, si sa combinaison avec l'air lunaire ne la retenait: c'est cet air (ou gaz) qui, conservant les formes du corps, reste dans l'état d'ombre ou de fantôme, image parfaite du défunt. Les Grecs appelaient cette ombre l'image ou l'idole de l'ame; les pythagoriciens la nommaient son char, son enveloppe; et l'école rabbinique son vaisseau, sa nacelle. Lorsque l'homme avait bien vécu, cette ame entière, c'est-à-dire, son char et son éther, remontaient à la lune, où il s'en faisait une séparation; le char vivait dans l'élysée lunaire, et l'éther retournait aux fixes, c'est-à-dire à Dieu; car, dit Macrobe, plusieurs appellent Dieu le ciel des fixes (c. 14).

«Si l'homme n'avait pas bien vécu, l'ame restait sur terre pour se purifier, et elle errait çà et là à la manière des ombres d'Homère, qui connut toute cette doctrine, en Asie, trois siècles avant que Phérécyde et Pythagore l'eussent rajeunie en Grèce. Hérodote dit, à cette occasion, que tout le roman de l'ame et de ses transmigrations a été inventé par les Égyptiens, et répandu en Grèce par des hommes qui s'en sont prétendus les auteurs. Je sais leurs noms, dit-il, mais je veux les taire (lib. ii). Cicéron y supplée, en nous apprenant positivement que ce fut Phérécyde, maître de Pythagore (Tuscul., lib. i, § 16). Dans la Syrie et dans la Judée, nous trouvons une preuve palpable de son existence, cinq siècles avant Pythagore, en cette phrase de Salomon, où il dit: «Qui sait si l'esprit de l'homme monte dans les régions supérieures? Pour moi, méditant sur la condition des hommes, j'ai vu qu'elle était la même que celle des animaux. Leur fin est la même; l'homme périt comme l'animal; ce qui reste de l'un n'est pas plus que ce qui reste de l'autre; tout est néant.» Eccles., c. III, V. II.

Et telle avait été l'opinion de Moïse, comme l'a bien observé le traducteur d'Hérodote (Larcher, dans sa première édition, note 389 du liv. II), où il dit aussi que l'immortalité ne s'introduisit chez les Hébreux que par la communication des Assyriens. Du reste, tout le système pythagoricien, bien analysé, n'est qu'un pur système de physique mal entendu.

Pag. [206], lig. 27. (Ses noms mêmes, tous dérivés.) En dernière analyse, tous les noms de la Divinité reviennent à celui d'un objet matériel quelconque, qui en fut censé le siège. Nous en avons vu une foule d'exemples: donnons-en un encore dans notre propre mot dieu. Ce terme, comme on le sait, est le deus des Latins, qui lui-même est le theos des Grecs. Or, de l'aveu de Platon (in Cratylo), de Macrobe (Saturn. lib. I, c. 24), et de Plutarque (Isis et Osiris), sa racine est théin, qui signifie errer, comme planéin; c'est-à-dire qu'il est synonyme à planètes, parce que, ajoutent ces auteurs, les anciens Grecs, ainsi que les barbares, adoraient spécialement les planètes. Je sais que l'on a beaucoup décrié cette recherche des étymologies; mais si, comme il est vrai, les mots sont les signes représentatifs des idées, la généalogie des uns devient celle des autres, et un bon dictionnaire étymologique serait la plus parfaite histoire de l'entendement humain. Seulement il faut porter dans cette recherche des précautions que l'on n'a pas prises jusqu'à ce jour, et entre autres il faut avoir fait une comparaison exacte de la valeur des lettres des divers alphabets. Mais, pour continuer notre sujet, nous ajouterons que dans le phénicien, le mot thàh (par aïn) signifié aussi errer, et qu'il paraît être la source de théin: si l'on veut que déus dérive du grec Zeus, nom propre de Youpiter, ayant pour racine zaw, je vis, il reviendra précisément au sens de you, qui signifiera l'ame du monde, le feu principe. Div-us, qui ne signifie que génie, dieu du second ordre, me paraît venir de l'oriental div pour dib, loup et chacal, l'un des emblèmes du soleil. À Thèbes, dit Macrobe, le soleil était peint sous la forme d'un loup ou chacal (car il n'y a pas de loups en Égypte). La raison de cet emblème est sans doute que le chacal annonce par ses cris le lever du soleil, ainsi que le coq; et cette raison se confirme par l'analogie du mot lykos, loup, et lyké, lumière du matin, d'où est venu lux.

Dius, qui s'entend aussi du soleil, doit venir de dîh, épervier. «Les Égyptiens, dit Porphyre (Euseb., Præp. evang., p. 92), peignent le soleil sous l'emblème d'un épervier, parce que cet oiseau vole au plus haut des airs, où abonde la lumière.» Et, en effet, on voit sans cesse au Kaire des milliers de ces oiseaux planer dans l'air, d'où ils ne descendent que pour importuner par leur cri qui imite la syllabe dîh; et ici comme dans l'exemple précédent, se retrouve l'analogie des mots dies, jour, lumière, et dius, dieu, soleil.