Pag. [207], lig. 16. (Hâtèrent par leurs disputes le progrès des sciences et des découvertes.) L'une des preuves les plus plausibles que ces systèmes furent inventés en Égypte, réside surtout en ce que ce pays est le seul où l'on voie un corps complet de doctrine formé dès la plus haute antiquité.
Clément d'Alexandrie nous a transmis (Stromat. lib. VI) un détail curieux de 42 volumes que l'on portait dans la procession d'Isis. «Le chef, dit-il, ou chantre, porte un des instruments, symboles de la musique, et deux livres de Mercure, contenant, l'un des hymnes aux dieux, l'autre la liste des rois. Après lui l'horoscope (l'observateur du temps) porte une palme et une horloge, symboles de l'astrologie; il doit savoir par cœur les quatre livres de Mercure qui traitent de l'astrologie, le premier sur l'ordre des planètes, le second sur les levers du soleil et de la lune, et les deux autres sur les levers et aspects des astres. L'écrivain sacré vient ensuite, ayant des plumes sur la tête (comme Kneph), et en main un livre, de l'encre et un roseau pour écrire (ainsi que le pratiquent encore les Arabes); il doit connaître les hiéroglyphes, la description de l'univers, le cours du soleil, de la lune, des planètes; la division de l'Égypte (en 36 nomes), le cours du Nil, les instruments, les ornements sacrés, les lieux saints, les mesures, etc. Puis vient le porte-étole, qui porte la coudée de justice, ou mesure du Nil, et un calice pour les libations: dix volumes concernent les sacrifices, les hymnes, les prières, les offrandes, les cérémonies, les fêtes. Enfin arrive le prophète, qui porte dans son sein et à découvert une cruche: il est suivi par ceux qui portent les pains (comme aux noces de Cana). Ce prophète, en qualité de président des mystères, apprend dix (autres) volumes sacrés qui traitent des lois, des dieux et de toute la discipline des prêtres, etc. Or, il y a en tout quarante-deux volumes, dont trente-six sont appris par ces personnages; les six autres sont du ressort des pastophores: ils traitent de la médecine, de la construction du corps humain (l'anatomie), des maladies, des médicaments, des instruments, etc.»
Nous laissons au lecteur à déduire toutes les conséquences d'une pareille encyclopédie. On l'attribuait à Mercure; mais Iamblique nous avertit que tout livre composé par les prêtres était dédié à ce dieu, qui, à titre de génie ou décan ouvreur du zodiaque, présidait à l'ouverture de toute entreprise: c'est le Janus des Romains, le Guianesa des Indiens, et il est remarquable que Ianus et Guianes sont homonymes. Du reste, il paraît que ces livres sont la source de tout ce que nous ont transmis les Latins et les Grecs dans toutes les sciences, même en alchimie, en nécromancie, etc. Ce que l'on doit le plus regretter est la partie de l'hygiène et de la diététique, dans lesquelles il paraît que les Égyptiens avaient réellement fait de grands progrès et d'utiles observations.
Pag. [208], lig. 18. (Son dieu n'en fut pas moins un dieu égyptien.) «À une certaine époque, dit Plutarque (De Iside), tous les Égyptiens font peindre leurs dieux-animaux. Les Thébains sont les seuls qui ne paient pas de peintres, parce qu'ils adorent un dieu dont les formes ne tombent pas sous les sens et ne se figurent point.» Et voilà le dieu que Moïse, élevé à Héliopolis, adopta par préférence, mais qu'il n'inventa point.
Ibid., lig. 20. (Et Yahouh, décelé par son propre nom.) Telle est la vraie prononciation du Jehovah de nos modernes, qui choquent en cela toutes les règles de la critique, puisqu'il est constant que les anciens, surtout les orientaux Syriens et Phéniciens, ne connurent jamais ni le Jé ni le v, venus des Tartares. L'usage subsistant des Arabes, que nous rétablissons ici, est confirmé par Diodore, qui nomme Iaw le dieu de Moïse (lib. i); et l'on voit que Iaw et Iahouh sont le même mot: l'identité se continue dans celui de Ioupiter; mais afin de la rendre plus complète, nous allons la démontrer par le sens même.
En hébreu, c'est-à-dire dans l'un des dialectes de la langue commune à la basse Asie, le mot Yahouh équivaut à notre périphrase celui qui est lui, l'être existant, c'est-à-dire le principe de la vie, le moteur ou même le mouvement (l'ame universelle des êtres). Or, qu'est-ce que Jupiter? Écoutons les Latins et les Grecs expliquant leur théologie: «Les Égyptiens,» dit Diodore d'après Manethon, prêtre de Memphis, «les Égyptiens, donnant des noms aux cinq éléments, ont appelé l'esprit (ou éther) Youpiter, à raison du sens propre de ce mot; car l'esprit est la source de la vie, l'auteur du principe vital dans les animaux; et c'est par cette raison qu'ils le regardèrent comme le père, le générateur des êtres. Voilà pourquoi Homère dit père et roi des hommes et des dieux.» (Diod., lib. i, sect. i.)
Chez les théologiens, dit Macrobe, Youpiter est l'ame du monde; de là le mot de Virgile: Muses, commençons par Youpiter: tout est plein de Youpiter (Songe de Scipion, c. 17); et dans les Saturnales, il dit: Jupiter est le soleil lui-même; c'est encore ce qui a fait dire à Virgile: «L'esprit alimente la vie (des êtres), et l'ame répandue dans les vastes membres (de l'univers) en agite la masse, et ne forme qu'un corps immense.»
«Youpiter,» disent les vers très-anciens de la secte des orphiques nés en Égypte, vers recueillis par Onomacrite, au temps de Pisistrate; «Youpiter, que l'on peint la foudre à la main, est le commencement, l'origine, la fin et le milieu de toutes choses: puissance une et universelle, il régit tout, le ciel, la terre, le feu, l'eau, les éléments, le jour, la nuit. Voilà ce qui compose son corps immense; ses yeux sont le soleil et la lune; il l'éternité, l'espace. Enfin, ajoute Porphyre, Jupiter est le monde, l'univers, ce qui constitue l'existence et la vie de tous les êtres. Or, continue le même auteur, comme les philosophes dissertaient sur la nature et les parties constituantes de ce dieu, et qu'ils n'imaginaient aucune figure qui représentât tous ses attributs, ils le peignirent sous l'apparence d'un homme.... Il est assis, pour faire allusion à son essence immuable; il est découvert dans la partie supérieure du corps, parce que c'est dans les parties supérieures de l'univers (les astres) qu'il s'offre le plus à découvert. Il est couvert depuis la ceinture, parce qu'il est le plus voilé dans les choses terrestres. Il tient un sceptre de la main gauche, parce que le cœur est de ce côté, et que le cœur est le siége de l'entendement, qui (dans les hommes) règle toutes les actions.» (Voy. Euseb., Præpar. evang., page 100.)
Enfin, voici un passage du géographe philosophe Strabon, qui lève tous les doutes sur l'identité des idées de Moïse et de celles des théologiens païens.
«Moïse, qui fut un des prêtres égyptiens, enseigna que c'était une erreur monstrueuse de représenter la Divinité sous les formes des animaux, comme faisaient les Égyptiens, ou sous les traits de l'homme, ainsi que le pratiquent les Grecs et les Africains: cela seul est la Divinité, disait-il, qui compose le ciel, la terre et tous les êtres, ce que nous appelons le monde, l'universalité des choses, la nature; or, personne d'un esprit raisonnable ne s'avisera d'en représenter l'image par celle de quelqu'une des choses qui nous environnent. C'est pourquoi, rejetant toute espèce de simulacres (idoles), Moïse voulut qu'on adorât cette Divinité sans emblème et sous sa propre nature; il ordonna qu'on lui élevât un temple digne d'elle, etc.» Geograph., lib. xvi, pag. 1104, édit. de 1707.