Pag. [232], lig. 12. (Un tarif de crimes.) Tant qu'il existera des moyens de se purger de tout crime, de se racheter de tout châtiment avec de l'argent ou de frivoles pratiques; tant que les grands et les rois croiront se faire absoudre de leurs oppressions et de leurs homicides en bâtissant des temples, en faisant des fondations; tant que les particuliers croiront pouvoir tromper et voler, pourvu qu'ils jeûnent le carême, qu'ils aillent à confesse, qu'ils reçoivent l'extrème-onction, il est impossible qu'il existe aucune morale privée ou publique, aucune saine législation pratique. Au reste, pour voir les effets de ces doctrines, lisez l'Histoire de la puissance temporelle des Papes, 2 vol. in-8º, Paris, 1811.

Ibid., lig. 19. (Jusque dans le sanctuaire du lit nuptial.) La confession est une très-ancienne invention des prêtres, qui n'ont pas manqué de saisir ce moyen de gouverner.... Elle était pratiquée dans les mystères égyptiens, grecs, phrygiens, persans, etc. Plutarque nous a conservé le mot remarquable d'un Spartiate qu'un prêtre voulait confesser. Est-ce à toi ou à Dieu que je me confesserai? À Dieu, répondit le prêtre. En ce cas, dit le Spartiate, homme, retire-toi. (Dits remarquables des Lacédémoniens.) Les premiers chrétiens confessèrent leurs fautes publiquement comme les esséniens. Ensuite commencèrent de s'établir des prêtres, avec l'autorité d'absoudre du péché d'idolâtrie.... Au temps de Théodose, une femme s'étant publiquement confessée d'avoir eu commerce avec un diacre, l'évêque Nectaire, et son successeur Chrysostôme, permirent de communier sans confession. Ce ne fut qu'au septième siècle que les abbés des couvents imposèrent aux moines et moinesses la confession deux fois l'année; et ce ne fut que plus tard encore que les évêques de Rome la généralisèrent. Quant aux musulmans, qui ont en horreur cette pratique, et qui n'accordent aux femmes ni un caractère moral, ni presque une ame, ils ne peuvent concevoir qu'un honnête homme puisse entendre le récit des actions et des pensées les plus secrètes d'une fille ou d'une femme. Nous, Français, chez qui l'éducation et les sentimens rendent beaucoup de femmes meilleures que les hommes, ne pourrions-nous pas nous étonner qu'une honnête femme pût les soumettre à l'impertinente curiosité d'un moine ou d'un prêtre?

Pag. [233], lig. 1. (Corporations ennemies de la société.) Veut-on connaître l'esprit général des prêtres envers les autres hommes, qu'ils désignent toujours par le nom de peuple, écoutons les docteurs de l'Église eux-mêmes. «Le peuple, dit l'évêque Synnésius (in Calvit., pag. 515), veut absolument qu'on le trompe; on ne peut en agir autrement avec lui.... Les anciens prêtres d'Égypte en ont toujours usé ainsi; c'est pour cela qu'ils s'enfermaient dans leurs temples, et y composaient, à son insu, leurs mystères; (et oubliant ce qu'il vient de dire) si le peuple eût été du secret, il se serait fâché qu'on le trompât. Cependant, comment faire autrement avec le peuple, puisqu'il est peuple? Pour moi, je serai toujours philosophe avec moi, mais je serai prêtre avec le peuple.»

«Il ne faut que du babil pour en imposer au peuple, écrivait Grégoire de Nazianze à Jérôme. (Hieron. ad Nep.) Moins il comprend, plus il admire.... Nos Pères et docteurs ont souvent dit, non ce qu'ils pensaient, mais ce que leur faisaient dire les circonstances et le besoin.»

«On cherchait, dit Sanchoniaton, à exciter l'admiration par le merveilleux.» (Proep. ev., lib. iii.) Tel fut le régime de toute l'antiquité; tel est encore celui des brahmes et des lamas, qui retrace parfaitement celui des prêtres d'Égypte. Pour excuser ce système de fourberie et de mensonge, on dit qu'il serait dangereux d'éclairer le peuple, parce qu'il abuserait de ses lumières. Est-ce à dire qu'instruction et friponnerie sont synonymes? Non; mais comme le peuple est malheureux par la sottise, l'ignorance, et la cupidité de ceux qui le mènent et l'endoctrinent, ceux-ci ne veulent pas qu'il y voie clair. Sans doute il serait dangereux d'attaquer de front la croyance erronée d'une nation; mais il est un art philanthropique et médical de préparer les yeux à la lumière, comme les bras à la liberté. Si jamais il se forme une corporation dans ce sens, elle étonnera le monde par ses succès.

Pag. [234], lig. 3. (Devins, magiciens. Qu'est-ce qu'un) magicien, dans le sens que le peuple donne à ce mot? C'est un homme qui, par des paroles et de gestes, prétend agir sur les êtres surnaturels, et les forcer de descendre à sa voix, d'obéir à ses ordres. Voilà ce qu'ont fait tous les anciens prêtres, ce que font encore ceux de tous les idolâtres, et ce qui, de notre part, leur mérite le nom de magiciens. Maintenant quand un prêtre chrétien prétend faire descendre Dieu du ciel, le fixer sur un morceau de levain, et rendre, avec ce talisman, les ames pures et en état de grace, que fait-il lui-même, sinon un acte de magie? Et quelle différence y a-t-il entre lui et un chaman tartare, qui invoque les génies, ou un brahme indien, qui fait descendre Vichenou dans un vase d'eau, pour chasser les mauvais esprits? Mais telle est la magie de l'habitude et de l'éducation, que nous trouvons simple et raisonnable en nous, ce qui dans autrui nous paraît extravagant et absurde....

Ibid., lig. 25. (Denrées du plus grand prix.) Ce serait une curieuse histoire que l'histoire comparée des agnus du pape et des pastilles du grand-lama! En étendant cette idée à toutes les pratiques religieuses, il y a un très-bon ouvrage à faire: ce serait d'accoler par colonnes les traits analogues ou contrastants de croyance et de superstition de tous les peuples. Un autre genre de superstition dont il serait également utile de les guérir, est le respect exagéré pour les grands; et, pour cet effet, il suffirait d'écrire les détails de la vie privée de ceux qui gouvernent le monde, princes, courtisans et ministres. Il n'est point de travail plus philosophique que celui-là: aussi avons-nous vu quels cris ils jetèrent quand on publia les Anecdotes de la cour de Berlin. Que serait-ce si nous avions celles de chaque cour? Si le peuple voyait à découvert toutes les misères et toutes les turpitudes de ses idoles, il ne serait pas tenté de désirer leurs fausses jouissances, dont l'aspect mensonger le tourmente, et l'empêche de jouir du bonheur plus vrai de sa condition.

FIN DES NOTES.

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