«Arbitre et médiateur des peuples! depuis le commencement de ce débat, nous entendons des récits étranges, inouïs pour nous jusqu'à ce jour; notre esprit, surpris, confondu de tant de choses, les unes savantes, les autres absurdes, qu'également il ne comprend pas, reste dans l'incertitude et le doute. Une seule réflexion nous frappe: en résumant tant de faits prodigieux, tant d'assertions opposées, nous nous demandons: Que nous importent toutes ces discussions? Qu'avons nous besoin de savoir ce qui s'est passé il y a cinq ou six mille ans, dans des pays que nous ignorons, chez des hommes qui nous resteront inconnus? Vrai ou faux, à quoi nous sert de savoir si le monde existe depuis six ou depuis vingt mille ans, s'il s'est fait de rien ou de quelque chose, de lui-même ou par un ouvrier, qui, à son tour, exige un auteur? Quoi! nous ne sommes pas assurés de ce qui se passe près de nous, et nous répondrons de ce qui peut se passer dans le soleil, dans la lune ou dans les espaces imaginaires! Nous avons oublié notre enfance, et nous connaîtrons celle du monde? Et qui attestera ce que nul n'a vu? qui certifiera ce que personne ne comprend?
«Qu'ajoutera d'ailleurs ou que diminuera à notre existence de dire oui ou non sur toutes ces chimères? Jusqu'ici nos pères et nous n'en avons pas eu la première idée, et nous ne voyons pas que nous en ayons eu plus ou moins de soleil, plus ou moins de subsistance, plus ou moins de mal ou de bien.
«Si la connaissance en est nécessaire, pourquoi avons-nous aussi-bien vécu sans elle, que ceux qui s'en inquiètent si fort? Si elle est superflue, pourquoi en prendrons-nous aujourd'hui le fardeau?» Et s'adressant aux docteurs et aux théologiens: «Quoi! il faudra que nous, hommes ignorants et pauvres, dont tous les moments suffisent à peine aux soins de notre subsistance et aux travaux dont vous profitez, il faudra que nous apprenions tant d'histoires que vous racontez, que nous lisions tant de livres que vous nous citez, que nous apprenions tant de diverses langues dans lesquelles ils sont composés! Mille ans de vie n'y suffiraient pas....
«Il n'est pas nécessaire, dirent lès docteurs, que vous acquériez tant de science: nous l'avons pour vous....
«Mais vous-mêmes, répliquèrent les hommes simples, avec toute votre science vous n'êtes pas d'accord! à quoi sert de la posséder?
«D'ailleurs, comment pouvez-vous répondre pour nous? Si la foi d'un homme s'applique à plusieurs, vous-mêmes quel besoin avez-vous de croire? Vos pères auront cru pour vous, et cela sera raisonnable; puisque c'est pour vous qu'ils ont vu.
«Ensuite, qu'est-ce que croire, si croire n'influe sur aucune action? Et sur quelle action influe, par exemple, de croire le monde éternel ou non?
«Cela offense Dieu, dirent les docteurs.—Où en est la preuve? dirent les hommes simples.—Dans nos livres, répondirent les docteurs.—Nous ne les entendons pas, répliquèrent les hommes simples.
«Nous les entendons pour vous, dirent les docteurs.
«Voilà la difficulté, reprirent les hommes simples. De quel droit vous établissez-vous médiateurs entre Dieu et nous?