Maintenant, s'il existe une analogie marquée entre les Boudhistes et les Parsis, quant au système cosmogonique, n'est-il pas à croire que la cause de cette analogie se trouve dans la réforme ou innovation de Darius Hystasp, qui rapporta de l'Inde ces idées qu'il communiqua aux mages, dont il fit une création nouvelle. Alors le Boun-Dehesch aura été composé après cette époque, et probablement peu après la ruine de l'empire perse par Alexandre, lorsque les livres sacrés devinrent plus rares par les troubles et les incendies des guerres. D'autre part, les Brahmes et les Boudhistes s'accordent à dire qu'ils ne sont point indigènes de l'Indostan; qu'ils sont originaires du nord, et leur figure ovale porte le caractère scythe: leur berceau ancien et premier aurait-il été par les 49 degrés 20 minutes de latitude, et aurait-il existé là très-anciennement un peuple policé, auteur de l'observation citée? L'illustre Bailly, dans son Astronomie ancienne, a cité beaucoup de faits à l'appui de cette opinion; son émule, Lalande, qui ne fut point versé en littérature ancienne, a voulu beaucoup la déprécier, mais si quelque jour un homme doué de talent réunit aux connaissances astronomiques l'érudition de l'antiquité que l'on en sépare trop, cet homme apprendra à son siècle bien des choses que la vanité du nôtre ne soupçonne pas. Revenons à notre cosmogonie juive, et à nos douze mille ans étrusques et parsis.
Astronomiquement parlant, il n'existe point de périodes de 12,000 ans, c'est-à-dire que ce nombre ne convient à aucune révolution simple ou compliquée d'astres ou de planètes. Pourquoi donc se trouve-t-il employé en ce sens par les anciens? Ceci est encore un logogriphe astrologique dont il faut demander la solution aux adeptes de la science secrète. Cette solution nous est donnée par l'ingénieux et savant Dupuis, dans son Mémoire sur les grands Cycles ou Périodes de restitution. «En comparant avec attention diverses périodes des Indiens et des Chaldéens, dit-il en substance, l'on s'aperçoit que leur composition est due à une addition ou soustraction croissante ou décroissante d'un premier nombre élémentaire qui suit l'ordre arithmétique direct 1, 2, 3, 4, ou l'ordre inverse 4, 3, 2, 1; c'est ce que démontre l'analyse.»
1° L'Ezour-Vedam rapporte une tradition indienne[140] d'après laquelle les quatre âges du monde, ont eu la durée suivante: savoir,
| Le premier âge | 4,000 | ans. |
| Le second | 3,000 | |
| Le troisième | 2,000 | |
| Le quatrième | 1,000 | |
| Otez les zéros, vous aurez 4, 3, 2, 1. | ||
| Le Baga-Vedam, autre livre sacré indou, cite une tradition d'une autre | ||
| source; il dit que, selon les anciens, le premier âge du monde dura | 4,800 | ans. |
| Le second | 3,600 | |
| Le troisième | 2,400 | |
| Le quatrième, où nous sommes, doit durer | 1,200 | |
| TOTAL | 12,000 | |
| Voilà encore l'ordre 4, 3, 2, 1, dans les premiers chiffres; et il seretrouve le même, quoique double, dans les seconds, 8, 6, 4, 2. De plus,prenez pour élément le nombre le plus simple 1,200, élevé à 2 ou à sondouble, vous avez 2,400; à son triple (3) 3,600; à son quadruple (4)4,800, et la somme des quatre est 12,000. Les mystiques indiens ontfiguré ce système par une vache dont les quatre pieds représentent lesquatre âges du monde. Au premier âge, la vache se tenait sur ses quatrejambes; au second sur 3; au troisième, sur 2; au quatrième, sur 1.Toujours 1, 2, 3, 4, ou 4, 3, 2, 1. Ce n'est pas tout; ces mêmesIndiens, dans d'autres livres plus savants[141], ayant établi la duréetotale du monde à 4,320,000 ans, disent que le premierâge a duré | 1,728,000 | ans. |
| Le second | 1,296,000 | |
| Le troisième | 864,000 | |
| Le quatrième | 432,000 | |
| TOTAL | 4,320,000 | |
| Voilà une grande différence de nombre, et cependant l'ordre decomposition et de décomposition est le même, car prenant pourélément le plus petit nombre | 432,000 = 1 | ans. |
| nous avons, en l'élevant à 2, son double | 864,000 = 2 | |
| En l'élevant à 3, son triple | 1,296,000 = 3 | |
| En l'élevant à 4, son quadruple | 1,728,000 = 4 | |
| TOTAL | 4,320,000 |
D'autre part, les Indiens disent qu'une année des dieux se compose de 360 années des hommes: les 4,320,000 étant des années de cette dernière espèce, divisons cette somme par 360, qui est le dénominateur des années divines; le quotient qui vient est la période 12,000; n'est-il pas singulier de voir les calculs indiens prendre leurs éléments chez les Perses et chez les Étruriens?
En outre, dans la période indienne nous avons pour élément premier la fameuse période chaldaïque de Bérose, 432,000 ans.
Maintenant, pour la composer suivons l'ordre arithmétique 1, 2, 3, 4 jusqu'à 8, en prenant comme élément premier la période
| Etrusco-Perse | 12,000 | ans, |
| nous aurons, pour second degré | 24,000 | |
| Pour troisième | 36,000 | |
| Pour quatrième | 48,000 | |
| Pour cinquième | 60,000 | |
| Pour sixième | 72,000 | |
| Pour septième | 84,000 | |
| Pour huitième | 96,000 | |
| Pour total de toutes ces sommes. | 432,000 |
Il n'est pas besoin de raisonner longuement sur cet exposé, que nous avons beaucoup abrégé; le lecteur en voit facilement découler plusieurs conséquences.
1° Il est clair que toutes ces périodes sont des combinaisons mathématiques plus ou moins fictives et arbitraires, imaginées par les anciens pour faciliter leurs opérations d'astrologie plutôt que de véritable astronomie.