Si l'on supposait que le nom Alilæi fût une corruption de Haouilah, chose très-possible de la part des Grecs, il y aurait ici de grandes convenances; mais encore serions-nous dans le territoire de Kush; et de plus nous n'y trouvons pas la pierre d'onyx, et surtout le bdellium que l'on s'accorde à croire être la perle.

Cette dernière condition nous appelle sur le golfe Persique: là nous trouvons deux rivières; l'une au pays de Iemama, ayant son embouchure en face des îles de Barhain, où se termine le grand banc des perles; l'autre, appelé Falg par les Arabes, sur la même côte du golfe Persique, ayant son embouchure à l'autre extrémité du même banc, sur la frontière du pays d'Oman. Le voyageur Niebuhr assure que l'onyx n'est pas rare en ces contrées: voilà plusieurs conditions remplies; mais nous ne voyons aucun nom retraçant Haouilah; et parce que le récit de la Genèse tient à la mythologie, peut-être la recherche d'un fleuve joint à ce nom est-elle idéale?

Un dernier pays nous reste à trouver, celui d'Ophir qui, jusqu'ici, a été la pierre philosophale des géographes: successivement ils l'ont cherché dans l'Inde, à Ceylan, à Sumatra; dans l'Afrique, à Sofala; enfin jusqu'en Espagne, où ils ont voulu que Tartesse représentât la ville de Tarsis. Chacune de ces hypothèses a combattu l'autre par des raisons de vraisemblance et d'autorité; mais toutes ont péché contre une condition essentielle à laquelle on n'a point donné assez d'attention. Cette condition est que l'auteur du dixième chapitre, ayant observé, dans toute sa nomenclature, un ordre méthodique de positions et de limites, il n'est pas permis de violer ici cet ordre: dans le cas présent, le pays d'Ophir étant assigné à la division de Ieqtan, il n'est pas permis de le chercher hors de la péninsule arabe, où cette division est restreinte.

Une hypothèse récente a été mieux calculée, en plaçant Ophir dans les montagnes du Iémen, à 12 ou 14 lieues nord-est de Lohia, en un lieu nommé Doffir[185]; mais il reste douteux que ce local, voisin des Sabéens kushites, ait pu appartenir aux Ieqtanides; d'ailleurs l'addition d'une consonne aussi forte que le D, qui aurait changé Ophir en Doffir, est une altération dont l'idiome arabe n'offre pas d'exemple: enfin l'on ne conçoit pas comment les vaisseaux de Salomon auraient employé à faire un voyage de 400 lieues au plus (tout louvoiement compris), un temps aussi long que celui dont le texte donne l'idée, en disant que ces vaisseaux partaient chaque troisième année pour Ophir, c'est à dire, qu'ils étaient un an à se rendre, un an à revenir, et ils n'auraient fait que 400 lieues par an!

Après avoir médité ce sujet, il nous a semblé qu'un plus grand nombre de convenances historiques et géographiques se réunissaient pour placer Ophir sur la côte arabe, à l'entrée du golfe Persique: établissons d'abord le texte qui doit être notre premier régulateur.

«Salomon fit construire des vaisseaux à Atsiom-Gaber (sur la mer Rouge près d'Aïlah), et Hiram, roi de Tyr, lui envoya des pilotes connaissant la mer, pour conduire ses vaisseaux; et ils allèrent à Ophir, d'où ils apportèrent beaucoup d'or. (Reg. I, c. 9, v. 10)

«Et la reine de Sheba ayant entendu parler de Salomon, le vint voir. (Ibid., ch. 10, v. 1er.)

«Et elle lui apporta en présent une quantité prodigieuse d'or, d'aromates exquis, et de pierres précieuses. (v. 10.)

«Et les vaisseaux de Hiram qui apportèrent de l'or d'Ophir, en apportèrent aussi des bois appelés almoguim (que l'on croit le sandal) et des pierres précieuses. (v. 11.)

«Et Salomon tira beaucoup d'or des rois d'Arabie. (v. 15.)