«Mais cet historien est contredit par Ktésias, qui vécut lors de la guerre de Kyrus le jeune contre Artaxerces son frère, et qui, après avoir été fait prisonnier du roi, acquit ses bonnes grâces par son habileté en médecine, et passa 17 ans à sa cour, très-considéré. Ktésias, consultant les archives royales, dans lesquelles les Perses, d'après une loi positive, écrivent tout ce qui s'est passé dans les temps anciens, a recherché avec soin tous les faits, et après les avoir mis en ordre, il en a transmis la connaissance aux Grecs. Or cet écrivain soutient que les Mèdes, après avoir dépossédé les Assyriens, régirent à leur tour l'Asie sous le commandement suprême d'Arbâk, vainqueur de Sardanapale, comme nous l'avons dit; mais qu'après avoir eu 28 ans de règne, Arbâk laissa l'empire à son fils Mandauk qui régna 50 ans. A celui-ci succéda Sosarmus, 30 ans; puis Artoukas, 50; Arbian, 22; et Artaios, 40.

«Sous le règne de ce dernier s'alluma, entre les Mèdes et les Cadusiens, une violente guerre dont voici le motif. Un Perse, nommé Parsodas, qui par sa vaillance, son habileté et ses autres vertus, était l'objet de l'admiration publique, d'ailleurs très-aimé du roi, et ayant la plus grande influence dans le conseil (d'état); Parsodas, dis-je, se trouvant offensé d'un jugement que le roi avait rendu à son égard, passa chez les Cadusiens avec 3,000 hommes de pied et 1,000 hommes de cheval, etc., etc.—Il s'ensuivit une guerre à outrance. Parsodas arma tous les Cadusiens, au nombre de près de 200,000 hommes, battit Artaios qui en avait amené 800,000, fut créé roi des Cadusiens, et avant de mourir, les engagea, par serment, à ne jamais faire la paix avec les Mèdes. Ce qui a en effet duré jusqu'au temps où Kyrus fit passer aux Perses l'empire de l'Asie.

«Après Artaios, régna Artynes pendant 22 ans, puis Altibaras pendant 40. De son temps, les Parthes refusèrent l'obéissance, et livrèrent la province et leur ville (forte) aux Sakas. De là une guerre de plusieurs années, sous la direction de la reine des Sakas, appelée Zarina, (les Grecs prononcent Tsarina), femme d'une habileté et d'une beauté extraordinaire: la paix se conclut, à condition que les Parthes rentreraient dans le devoir, et que les Mèdes et les Sakas seraient amis ou alliés, rentrant chacun dans leurs anciennes limites. Astibaras, par la suite, accablé de vieillesse, mourut à Ekbatane, et eut pour successeur Aspadas son fils, que les Grecs appellent Astyages; le Perse Kyrus l'ayant vaincu, l'empire de l'Asie passa aux Perses. Nous en avons dit assez sur la domination des Assyriens et des Mèdes.»

Tel est le récit que Diodore nous donne comme un extrait de Ktésias; d'autre part Photius nous apprend que les six premiers livres de cet historien traitent des Assyriens et des autres peuples antérieurs à l'empire des Perses, et que les 17[260] autres étaient consacrés à cette nation depuis l'avènement de Kyrus. Ici deux observations se présentent.

D'abord, lorsque Diodore concentre en quelques pages la substance de plus de deux livres de Ktésias[261], il est évident qu'il a dû introduire beaucoup d'expressions de son chef, par conséquent altérer le coloris propre de l'original; et cependant ce fragment porte une physionomie orientale, frappante pour tout lecteur qui connaît les mœurs de l'ancienne Asie. Le fond des faits doit être vrai, l'erreur volontaire ou préméditée ne peut avoir lieu que pour les dates; et en effet cette erreur est saillante dans la durée prétendue de l'empire assyrien; car, 1° ces 1306 ans, si on les répartit sur 30 générations, donnent un terme moyen de 43 ans pour chaque règne, ce qui est inadmissible, comme nous le dirons ailleurs.

2° Il serait possible que dans cette partie, comme dans toute autre, Diodore eût considérablement altéré l'exposé de Ktésias; nous allons dans l'instant avoir la preuve d'une insigne falsification qu'il commet sur le texte d'Hérodote. Commençons par examiner les passages de ce dernier concernant les Assyriens; ils sont laconiques, peu nombreux, et par cette raison le commentaire précédent était plus nécessaire.

§ III.
Exposé d'Hérodote.

«La ville de Babylone», dit Hérodote (lib. 1°, § CLXXXIV), «a eu un grand nombre de rois, dont je ferai mention dans mon histoire d'Assyrie.» Et au § CVI (même livre Ier):—«Quant à la manière dont Ninive fut prise (par Kyaxarès), j'en parlerai dans un autre ouvrage (qui est évidemment cette même histoire d'Assyrie).»

Par conséquent Hérodote s'était spécialement occupé des Assyriens; il n'en a pas traité légèrement, et lorsqu'il va nous donner de grands résultats, il les aura établis avec connaissance de cause.

Après avoir décrit comment Kyrus détruisit le royaume des Lydiens, voulant remonter à l'origine de la puissance de ce conquérant, et montrer comment il avait renversé l'empire des Mèdes qui avait succédé à l'empire des Assyriens; il dit: