Par ces exemples pris dans un sujet important et célèbre, l’on peut juger du caractère des anciens écrivains dits ecclésiastiques, qui tous offrent plus ou moins de semblables anachronismes.
La liste authentique des rois chaldéens de Babylone étant ainsi éclaircie et fixée, l’on demande quel a été son auteur? Il fut antérieur à Ptolomée, puisque le Syncelle remarque, page 206, «que les astronomes chaldéens et les mathématiciens grecs s’en servaient le plus habituellement pour tirer leurs horoscopes, ainsi que l’atteste le très-savant Ptolomée.»
Donc ce Kanon ou règle du temps était bien antérieur à cet astronome et même à Hipparque, de qui Ptolomée a tout emprunté. Aussi voyons-nous Hipparque désigner quelques éclipses par les noms de certains princes que le Kanon nous offre. Dodwell, qui a médité ce sujet, a pensé que la rédaction première de ce régulateur du temps devait appartenir à Bérose, ce prêtre chaldéen dont nous avons souvent parlé.
En faveur de cette opinion, nous voyons plus de motifs encore que n’en a exposé Dodwell.
1° L’analogie et presque l’identité du fragment de Bérose cité par Fl. Josèphe[167], où les rois de Babylone, depuis Nabopolasar, sont nommés et classés comme dans la liste. Et si l’on objecte que, dans le livre contre Appion, Nabopolasar a 29 ans au lieu de 21, nous répondons qu’Eusèbe, dans sa Préparation évangélique, liv. IX, chap. 40, et le Syncelle[168], dans sa Chronographie, p. 220, en citant le même texte de Bérose d’après Josèphe, donnent 21 ans à Nabopolasar; en sorte que Dodwell a eu raison d’attribuer l’erreur du livre contre Appion, au copiste, qui, au lieu d’écrire les mots grecs eikosi en’, vingt-un, a écrit eikosi ennea, vingt-neuf. Il y a cent exemples pareils.
2° La double qualité d’historien et d’astronome réunie dans la personne de Bérose, qui, pour établir les calculs et les prédictions astrologiques dont l’exactitude le rendit si célèbre en Grèce, eut besoin d’une mesure de temps très-précise, et eut, à titre d’historien, les moyens de la choisir dans les annales les mieux constatées.
3° Le passage de Pline, qui dit que Bérose donnait aux observations babyloniennes une durée de 480 ans.
Donc Bérose avait dressé ce calcul sommaire de 480 ans.
4° L’époque même à laquelle se termina d’abord le Kanon astronomique, laquelle fut la mort d’Alexandre: n’était-il pas naturel que Bérose terminât sa Chronologie à cette époque célèbre, qui était aussi celle de sa propre naissance[169]?
5° Enfin le titre de chaldéens donné à ces rois est encore une induction favorable, en ce que, si l’auteur eût été grec, il les eût appelés assyriens, selon l’usage d’Hérodote et de presque tous les auteurs grecs: il n’appartenait qu’à un indigène, à un prêtre babylonien tel que Bérose, de faire cette distinction savante dont nous trouvons l’exemple parallèle chez les écrivains juifs, avec cette particularité que l’orthographe de Bérose se rapproche de la leur autant que le permet la langue grecque.