«Parmi les rois d’Égypte, la plupart ont été indigènes, quelques-uns furent étrangers: on compte, entre autres, quatre Éthiopiens qui ont régné 36 ans, non pas de suite, mais par intervalles.»
Nous avons vu Hérodote en compter 18: il semble que Diodore n’aurait connu que ceux postérieurs à Sabako.
«Les rois, avant Kambyses, ont été au nombre de 470, et 5 reines.»
Voici une grave différence, puisque ce serait au-delà de cent plus qu’Hérodote. Diodore suit Manéthon ou s’en rapproche.
«Après les dieux, le premier roi fut Menas», que Diodore fait régner à Thèbes et non à Memphis (qui en effet ne dut pas exister). Il est singulier que ce Menas ou Menès se retrouve premier homme-roi à Memphis, à Thèbes, en Crète, sous le nom de Minos, dans l’Inde sous celui de Ménou. Il est singulier encore que Manéthon, dans Africanus, ait noté qu’il fut tué par un cheval de rivière (hippopotamos) nomme Isp. Comment une bête sauvage a-t-elle eu un nom propre? Il y a ici de l’allégorie: l’hippopotame fut l’emblème de Typhon, ce génie du mal, qui tua Osiris, génie du bien; Menès doit être un nom d’Osiris, peut-être même le nom le plus ancien. Osiris fut, comme Bacchus, le dieu de l’abondance et de la joie; «Menès, comme Osiris, enseigna aux hommes toutes les commodités, tout le luxe de la vie, la bonne chère, les beaux meubles, les bonnes étoffes, etc.:» l’identité est sensible. Quant au nom du cheval, Isp, comment se fait-il qu’il soit le mot persan asp, un cheval? Manéthon aurait-il copié un auteur perse, qui, après Kambyses, aurait traduit un livre égyptien?
Le nom de Menas fut aboli, nous dit Diodore, par un roi d’Égypte qui, pendant une guerre qu’il fit aux Arabes du désert, trouva de si grands inconvénients dans le luxe et l’épicurisme inventé par Menas, qu’il maudit son nom, et fit inscrire cette malédiction en lettres sacrées dans le temple de Ioupiter à Thèbes. Ne serait-ce pas à dater de cette époque que le nom d’Osiris aurait prévalu? Mais pourquoi man en langue sanscrite signifie-t-il homme, et en chaldæo-hébreu, intelligence?
«Après Ménas, d’autres rois, dit Diodore, se succédèrent pendant 1,400 ans, sans rien faire de remarquable; puis régna Busiris, premier du nom; puis son 8e successeur, nommé aussi Busiris, bâtit la grande ville de Thèbes avec cette magnificence qui l’a rendue la plus célèbre des temps anciens.»
Faire bâtir Thèbes quand on dit qu’elle existait depuis 1,400 ans, est une contradiction manifeste; mais aujourd’hui que les savants français de l’expédition d’Égypte nous ont fait connaître géométriquement le local de Thèbes; qu’ils nous y font distinguer 4 et même 5 enceintes différentes, où la nature et l’emploi des matériaux, les uns de briques, les autres de pierre, le style et l’art des constructions, les unes petites et simples, les autres grandes et compliquées, attestent des époques diverses, nous concevons que là, plus qu’ailleurs, il a existé une gradation d’industrie et de puissance qui, selon les besoins ou les fantaisies du temps, a plusieurs fois déplacé l’habitation des rois et de leur cour, et qui, par l’agglomération qui se fait toujours autour de ces foyers d’activité, a formé plusieurs cités que leur voisinage réciproque a fait comprendre sous le même nom... D’après ce que Diodore dit de la grandeur des temples, des palais et autres ouvrages de Bousiris, l’on pourrait lui attribuer l’enceinte dite Karnâq[273], mais ne quittons pas notre fil chronologique.
Après Busiris II, plusieurs de ses successeurs embellirent la ville de Thèbes. Ici Diodore place d’intéressants détails sur un roi Osymandua, dont il ne détermine point l’époque.
Le huitième successeur d’Osymandua porta le nom d’Uchoreus comme son père: ce fut lui qui bâtit Memphis.