Si ce dernier mot ne résout pas l’énigme, il va la compliquer beaucoup... En effet, d’après l’autorité d’Hérodote et des prêtres de son temps, il était de foi historique en Égypte, qu’aucun roi du pays ne s’était illustré par des guerres étrangères avant Sésostris, et cependant ici Diodore nous présente un roi qui, dans son système généalogique, aurait précédé Sésostris de 27 générations, et ce roi aurait fait contre un pays aussi lointain que la Bactriane, deux expéditions, deux guerres! Car dès-lors que les Bactriens sont des révoltés, il faut admettre qu’antécédemment il a fallu les attaquer, les soumettre: comment un fait si marquant eût-il été totalement oublié? et à quelle époque, en quel temps avant Sésostris a-t-il pu arriver? Aurait-il précédé l’invasion des pasteurs? cela choque toute vraisemblance. Aurait-il été subséquent? il tombe dans une période connue qui ne saurait l’admettre. D’après ces préliminaires, méditant notre texte, voici ce qui nous a paru être, sinon la vérité, du moins la vraisemblance.

D’abord nous remarquons ces mots: un roi que les habitants de Thèbes nomment Osymandua. Les Thébains ou Hauts-Égyptiens, en beaucoup de choses, et notamment en dialecte, différèrent des Memphites ou Bas-Égyptiens[282]. Ils auront pu donner un nom différent à un roi qui leur aurait été commun, et qui serait foncièrement le même. Voyons si les circonstances citées ne nous le feraient pas reconnaître.

«Osymandua fait la guerre aux Bactriens.»

Sésostris la fit aux Mèdes et aux Perses, qui furent leurs voisins.

«L’armée d’Osymandua est de 400,000 piétons et de 20,000 cavaliers.»

L’armée de Sésostris fut de 600,000.

«Les prisonniers sont présentés à Osymandua, privés de leurs mains et de l’organe viril, pour désigner leur faiblesse, leur incapacité.»

Sur les monuments de Sésostris on voyait l’image sculptée de l’organe viril, pour désigner les peuples qui s’étaient bravement défendus, et celui du sexe féminin, pour désigner ceux qui s’étaient d’abord soumis.

«L’un des traits caractéristiques d’Osymandua fut l’orgueil, la vanité

Pline a dit de Sésostris, tanta superbia elatus, roi bouffi de tant d’orgueil.