Puis la masse prodigieuse de richesses de tous genres, attirées sur les bords du Nil, à titre de dépouilles et tribut de l’Asie occidentale subjuguée. (Diodore évalue à 1,200,000,000 le trésor de Rhamsinit, second successeur de Sésostris.)

Puis le changement matériel opéré sur la contexture du pays, à raison de la quantité de digues que fit élever, et de canaux que fit creuser Sésostris.

Enfin l’érection des deux montagnes-pyramides de Cheops et de Chephren, qui furent l’effort suprême d’un despotisme ignorant et grossier embarrassé, de ses richesses.

3e Avant cette concentration monarchique, nous trouvons l’Égypte divisée en deux royaumes distincts, dont les traces ne se sont jamais entièrement effacées. L’un, le royaume de Thèbes, comprenant la Haute-Égypte ou Said; l’autre, le royaume du Delta, Égypte-Inférieure, ayant pour capitale l’ancienne Memphis, située à l’orient du Nil.

Deux siècles et demi avant cette réunion, c’est-à-dire vers l’an 1800 avant notre ère, une irruption de barbares nomades, telle qu’en a éprouvé la Chine, avait subjugué ce royaume de Memphis, qui à cette époque semblerait avoir été sous-divisé en d’autres états soit tributaires, soit indépendants: tout indique que ces barbares furent des hordes arabes, et spécialement les débris des anciennes tribus Kushites, Aâd Tamoud, auxquelles il faut joindre les Madianites et les Amalékites, que les auteurs musulmans nous signalent comme leurs branches et leur parenté, et que l’on retrouve ensuite fixés aux portes de l’Égypte. Le royaume de Thèbes ayant résisté à cette invasion, il s’ensuivit un état habituel de guerre dont l’effet fut de réunir tous les nationaux sous un même étendard, et d’expulser finalement les étrangers. La formation du peuple juif appartient à cette période.

Avant cette invasion des Arabes, c’est-à-dire avant l’an 1800, une profonde obscurité règne sur l’histoire de Memphis et de la Basse-Égypte, sans doute parce que la longue et violente tyrannie des Arabes fit disparaître les monuments, et aussi parce que la constitution géographique du pays, divisé en îles, est favorable au désordre et à l’anarchie. Le royaume de Thèbes, au contraire, homogène en son territoire, et favorisé de ses granits impérissables, nous a transmis, en ses temples, en ses palais, en ses tombeaux, d’innombrables monuments d’une civilisation dont l’origine remonte à une antiquité indéfinie. Malheureusement les secrets en sont exprimés par des figures hiéroglyphiques que l’on sait rarement expliquer. Leur sens, néanmoins, en quelques tableaux astronomiques, s’est montré assez clair pour en déduire des résultats peu contestables... Ainsi, dans le zodiaque du temple de Dendéra (jadis Tentyr) la disposition des signes et constellations est tellement combinée, que l’on s’accorde à y voir l’état du ciel au moment de la fondation du temple ou de la peinture; et parce que le mouvement annuel de précession que les astres observent relativement au soleil, semble être un cadran séculaire inventé par la Providence pour révéler ses mystères à l’homme studieux, d’habiles astronomes ont regardé comme certain que la position du soleil dans le signe du Bélier, telle que la donne le zodiaque de Dendéra, exprimait l’an 2056 avant notre ère, de même qu’une autre disposition des signes dans le zodiaque du temple d’Esneh (Latopolis) exprime l’an 4600. Sans doute beaucoup de lecteurs verront avec plaisir les preuves de ces assertions détaillées par l’un des témoins des monumens et l’un des maîtres de l’art; à cet effet nous joignons ici un Mémoire de feu M. Nouet, astronome de l’expédition d’Égypte, dont la copie nous est venue d’une main amie. Ce Mémoire suppose la connaissance de celui publié par Dupuis (dans la Revue philosophique, mai 1806), lequel n’est pas l’un des moindres produits de la sagacité et de l’érudition de cet homme, dont le plus grand tort est de n’être pas entendu par les beaux esprits qui le censurent.

RECHERCHES
Sur les antiquités du temple de Dendéra, dans la Haute-Égypte, d’après la construction du zodiaque au plafond de son péristyle.
PAR M. NOUET.

LE plafond du péristyle du temple de Dendéra est soutenu par vingt-quatre colonnes sur six rangs qui divisent le plafond en sept plates-bandes parallèles à l’axe du temple; la plate-bande du milieu, beaucoup plus large, comprend dans sa longueur des globes ailés qui en occupent toute la largeur; les six autres plates-bandes, dont trois de chaque côté, contiennent chacune deux rangs de figures sculptées en relief et peintes; elles ont environ trois pieds de hauteur[291].

Les constellations du zodiaque se trouvent dans une moitié de chaque plate-bande extrême à droite et à gauche du péristyle: les espaces entre chaque constellation, sont occupés par des personnages dont plusieurs, avec les attributs des divinités, doivent avoir avec les constellations des relations qui ne peuvent être données que par l’auteur de l’Origine des Cultes, lorsqu’il aura sous les yeux le dessin exact et plus en grand de ce péristyle, que la Commission des sciences et arts d’Égypte doit mettre au jour.

La plate-bande extrême à gauche, en entrant sous le péristyle, comprend dans sa demi-largeur, qui se trouve du côté du milieu de ce péristyle, les constellations ascendantes dans l’ordre suivant, à partir du mur du temple: le Verseau, les Poissons, le Bélier, le Taureau, les Gémeaux, le Cancer. La seconde partie de cette plate-bande est occupée par dix-huit bateaux conduits par des figures emblématiques qui représentent les dix-huit décans, et doivent avoir des relations directes avec chaque constellation. Ce sont ces bateaux qui ont servi de comparaison aux dessinateurs pour placer fidèlement chaque constellation au lieu correspondant sur le plafond.