«Le 14 à midi, nous arrivâmes au lieu où les montagnes semblaient se joindre: il y a entre elles une vallée où l’on voit encore les ruines d’un aqueduc qui portait autrefois de l’eau à Palmyre; à droite et à gauche, sont des tours carrées d’une hauteur considérable. En approchant de plus près, nous trouvâmes que c’étaient les anciens sépulcres des Palmyréniens. A peine eûmes-nous passé ces monuments vénérables, que les montagnes se séparant des deux côtés, nous découvrîmes tout à la fois la plus grande quantité de ruines que nous eussions jamais vue[51]; et derrière ces mêmes ruines, vers l’Euphrate, une étendue de plat pays à perte de vue, sans le moindre objet animé. Il est presque impossible de s’imaginer rien de plus étonnant. Un si grand nombre de piliers corinthiens, avec si peu de murs et de bâtiments solides, fait l’effet le plus romanesque que l’on puisse voir.» Tel est le récit de Wood.

Sans doute la sensation d’un pareil spectacle ne se transmet point; mais afin que le lecteur s’en fasse l’idée la plus rapprochée, je joins ici le dessin de la perspective. Pour en bien concevoir tout l’effet, il faut suppléer par l’imagination aux proportions. Il faut se peindre cet espace si resserré, comme une vaste plaine, ces fûts si déliés, comme des colonnes dont la seule base surpasse la hauteur d’un homme; il faut se représenter que cette file de colonnes debout occupe une étendue de plus de 1300 toises, et masque une foule d’autres édifices cachés derrière elle. Dans cet espace, c’est tantôt un palais dont il ne reste que les cours et les murailles; tantôt un temple dont le péristyle est à moitié renversé; tantôt un portique, une galerie, un arc de triomphe: ici, les colonnes forment des groupes dont la symétrie est détruite par la chute de plusieurs d’entre elles; là, elles sont rangées en files tellement prolongées, que, semblables à des rangs d’arbres, elles fuient sous l’œil dans le lointain, et ne paraissent plus que des lignes accolées. Si de cette scène mouvante la vue s’abaisse sur le sol, elle y en rencontre une autre presque aussi variée: ce ne sont de toutes parts que fûts renversés, les uns entiers, les autres en pièces, ou seulement disloqués dans leurs articulations; de toutes parts la terre est hérissée de vastes pierres à demi enterrées, d’entablements brisés, de chapiteaux écornés, de frises mutilées, de reliefs défigurés, de sculptures effacées, de tombeaux violés, et d’autels souillés de poussière. La table suivante rendra un compte plus détaillé des principaux objets de la gravure.

A, est un château turk, désormais abandonné.

B, un sépulcre.

C, une fortification turke ruinée.

D, un sépulcre où commence une suite de colonnes qui s’étend jusqu’à R, dans un espace de plus de 600 toises.

E, édifice supposé construit par Dioclétien.

F, ruines d’un sépulcre.

G, colonnes disposées en péristyle de temple.

h, grand édifice dont il ne reste que quatre colonnes.