T, mosquée turke ruinée, avec son minaret.

U, grosse colonne, dont la plus grande partie, avec son entablement, est tombée.

V, petits enclos de terre où les Arabes cultivent des oliviers et du grain.

X, temple du Soleil.

Y, tour carrée, bâtie par les Turks sur l’emplacement du portique.

zz, mur qui formait l’enceinte de la cour du temple.

W, sépulcres semés dans la vallée, hors des murs de la ville.

Il faut voir dans les planches mêmes de Wood, les développements de ces divers édifices, pour sentir à quel degré de perfection étaient parvenus les arts dans ces temps reculés. L’architecture avait surtout prodigué ses richesses, et déployé sa magnificence dans le temple du Soleil, divinité de Palmyre. L’enceinte carrée de la cour qui l’enferme, a 679 pieds sur chaque face. Le long de cette enceinte, régnait intérieurement un double rang de colonnes: au milieu de l’espace vide, le temple présente encore une façade de 47 pieds, sur un flanc de 124; tout autour règne un péristyle de 41 colonnes; par un cas extraordinaire, la porte répond au couchant et non à l’orient. La soffite de cette porte, tombée par terre, offre un zodiaque dont les signes sont les mêmes que les nôtres: une autre soffite porte un oiseau de la même forme que celui de Balbek, placé sur un fond semé d’étoiles. Il est remarquable pour les historiens, que la façade du portique a 12 colonnes, comme celle de Balbek: mais il est encore plus remarquable pour les artistes, que ces deux façades ressemblent à la colonnade du Louvre, bâtie par Perrault avant l’existence des dessins qui nous les ont fait connaître; la seule différence est que les colonnes du Louvre sont accouplées, au lieu que celles de Balbek et de Palmyre sont isolées.

Il est dans la cour de ce même temple un autre spectacle plus intéressant pour un philosophe: c’est de voir sur ces ruines sacrées de la magnificence d’un peuple puissant et poli, une trentaine de huttes de terre, où habitent autant de familles de paysans qui ont tout l’extérieur de la misère. Voilà à quoi se réduit la population actuelle d’un lieu jadis si fréquenté. Toute l’industrie de ces Arabes se borne à cultiver quelques oliviers et le peu de blé qu’il leur faut pour vivre; toutes leurs richesses se réduisent à quelques chèvres et à quelques brebis qu’ils font paître dans le désert; toutes leurs relations consistent en de petites caravanes qui leur viennent cinq ou six fois par an de Homs, dont ils dépendent: peu capables de se défendre de la violence, ils sont obligés de payer de fréquentes contributions aux Bedouins, qui les vexent ou les protégent. «Leur corps est sain et bien fait, ajoutent les voyageurs anglais; et la rareté des maladies parmi eux, prouve que l’air de Palmyre mérite l’éloge qu’en fait Longin, dans son épître à Porphyre. Il y pleut rarement, si ce n’est au temps des équinoxes, où il arrive aussi de ces ouragans de sable, si dangereux dans le désert. Le teint de ces Arabes est très-hâlé par la grande chaleur; mais cela n’empêche pas que les femmes n’aient de beaux traits. Elles sont voilées comme dans tout l’Orient; mais elles ne se font pas tant de scrupule qu’ailleurs de laisser voir leur visage; elles se teignent le bout des doigts en roux (avec du henné), les lèvres en bleu, les sourcils en noir; et elles portent aux oreilles et au nez de gros anneaux d’or ou de cuivre.»

L’on ne peut voir tant de monuments d’industrie et de puissance, sans demander quel fut le siècle qui les vit se développer, quelle fut la source des richesses nécessaires à ce développement; en un mot, quelle est l’histoire de Palmyre, et pourquoi elle se trouve située si singulièrement, étant en quelque sorte une île séparée de la terre habitable, par une mer de sables stériles. Les voyageurs que j’ai cités, ont fait sur ces questions des recherches intéressantes, mais trop longues pour être rapportées dans cet ouvrage: il faut lire dans le leur, comment ils distinguent à Palmyre deux genres de ruines, dont les unes appartiennent à des temps très-reculés, et ne sont que des débris informes; les autres, qui sont les monuments subsistants, appartiennent à des siècles plus modernes. On y verra comment, se fondant sur le genre d’architecture qui y est employé, ils en assignent la construction aux trois siècles qui précédèrent Dioclétien, dans lesquels l’ordre corinthien fut préféré à tous les autres. Ils démontrent par des raisonnements pleins de sagacité, que Palmyre, située à trois journées de l’Euphrate, dut toute sa fortune à l’avantage d’être sur l’une des routes du grand commerce qui a de tout temps existé entre l’Euphrate et l’Inde; enfin ils constatent qu’elle acquit son plus grand accroissement lorsque, devenue barrière entre les Romains et les Parthes, elle eut l’art de se maintenir neutre dans leurs démêlés, et de faire servir le luxe de ces puissants empires à sa propre opulence.