— Ils existent tous. Rien ne peut être détruit. Nous associons le ciel et la terre, et nous avons raison. Dans tous les siècles, chez tous les peuples, parmi toutes les croyances, l’humanité a toujours demandé à ce ciel étoilé le secret de ses destinées. C’était là une sorte de divination. La Terre est un astre du ciel, comme Mars et Saturne, que nous voyons là-bas, terres du ciel, obscures, éclairées par le même soleil que nous, et comme toutes ces étoiles, qui sont de lointains soleils. Ta pensée traduit ce que l’humanité a pensé depuis qu’elle existe. Tous les regards ont cherché dans le ciel la réponse à la grande énigme, et, dès les premiers jours de la mythologie, c’est Uranie qui a répondu.

«Et c’est elle, cette divine Uranie, qui répondra toujours. Elle tient dans ses mains le ciel et la terre; elle nous fait vivre dans l’infini.... Et puis, en personnifiant en elle l’étude de l’univers, le sentiment poétique de nos pères ne paraît-il pas avoir voulu compléter la science par la vie, la grâce et l’amour? Elle est la muse par excellence. Sa beauté semble nous dire que pour comprendre vraiment l’astronomie et l’infini, il faut... être amoureux.»

La nuit allait venir. La lune, s’élevant lentement dans le ciel oriental, répandait dans l’atmosphère une clarté qui, insensiblement, se substituait à celle du crépuscule, et déjà dans la ville, à leurs pieds, au-dessous des bosquets et des ruines, quelques lumières apparaissaient çà et là. Ils s’étaient relevés et se tenaient debout, au centre du sommet de la tour, étroitement enlacés. Elle était belle, encadrée dans l’auréole de sa chevelure dont les boucles flottaient sur ses épaules; des bouffées d’air printanier, imprégnées de parfums, violettes, giroflées, lilas, roses de mai, montaient des jardins voisins. La solitude et le silence les environnaient. Un long baiser, le centième au moins, de cette caressante journée de printemps, réunit leurs lèvres.

Elle rêvait encore. Un sourire fugitif illumina soudain son visage et s’en alla, s’évanouissant comme une image qui passe.

«A quoi penses-tu? dit-il.

— Oh! rien. Une idée mondaine, profane, un peu légère. Rien.

— Mais quoi? fit-il, en la reprenant dans ses bras.

— Eh bien! je me demandais si... dans ces autres mondes, on a une bouche,... car, vois-tu, le baiser! les lèvres!...»

Ainsi se passaient les heures, les jours, les semaines, les mois, en une union intime de toutes leurs pensées, de toutes leurs sensations, de toutes leurs impressions. Le soleil de juin brillait déjà à son solstice, et le moment du départ pour la patrie d’Icléa était arrivé. A l’époque fixée, elle partit avec son père pour Christiania.

Spero les suivit quelques jours plus tard. L’intention du jeune savant était de séjourner en Norvège jusqu’à l’automne et d’y continuer les études qu’il avait entreprises l’année précédente sur les aurores boréales, observations si particulièrement intéressantes pour lui, et qu’il avait eu à peine le temps de commencer.