«Bien, vous reconnaissez là votre main courante? dit le capitaine, frappé de l’identité des écritures.

— Mais vous m’avez vu vous-même écrire! Vous serait-il possible d’en douter?»

Pour toute réponse le capitaine retourne l’ardoise, et l’étranger reste confondu voyant des deux côtés sa propre écriture.

«Aviez-vous rêvé que vous écriviez sur cette ardoise? dit, à celui qui vient d’écrire, le capitaine du vaisseau naufragé.

— Non, du moins je n’en ai nul souvenir.

— Mais que faisait à midi ce passager? demande à son confrère le capitaine sauveur.

— Étant très fatigué, ce passager s’endormit profondément, et autant qu’il m’en souvient, ce fut quelque temps avant midi. Une heure au plus après, il s’éveilla, et me dit: «Capitaine, nous serons sauvés, aujourd’hui même!» Ajoutant: «J’ai rêvé que j’étais à bord d’un vaisseau et qu’il venait à notre secours.» Il dépeignit le bâtiment et son gréement; et ce fut à notre grande surprise, lorsque vous cinglâtes vers nous, que nous reconnûmes l’exactitude de la description. Enfin ce passager dit à son tour: «Ce qui me semble étrange, c’est que ce que je vois ici me paraît familier, et cependant je n’y suis jamais venu.»

Le baron Dupotet, dans son cours de «Magnétisme animal», rapporte, d’autre part encore, le fait suivant, publié en 1814 par le célèbre Iung Stilling, qui le tenait de l’observateur même, le baron de Sulza, chambellan du roi de Suède.

Rentrant chez lui en été vers minuit, heure à laquelle il fait encore assez clair en Suède pour qu’on puisse lire l’impression la plus fine. «Comme j’arrivai, dit-il, dans mon domaine, mon père vint à ma rencontre devant l’entrée du parc; il était vêtu comme d’habitude, et il tenait à la main une canne que mon frère avait sculptée. Je le saluai et nous conversâmes longtemps ensemble. Nous arrivâmes ainsi jusqu’à la maison et à l’entrée de sa chambre. En y entrant, je vis mon père déshabillé; au même instant l’apparition s’était évanouie; peu de temps après, mon père s’éveilla et me regarda d’un air d’interrogation: «Mon cher Édouard, me dit-il, Dieu soit béni de ce que je te vois sain et sauf, car j’ai été bien tourmenté, à cause de toi, dans mon rêve; il me semblait que tu étais tombé dans l’eau, et que tu étais en danger de te noyer.» Or ce jour-là, ajouta le baron, j’étais allé avec un de mes amis à la rivière pour pêcher des crabes, et je faillis être entraîné par le courant. Je racontai à mon père que j’avais vu son apparition à l’entrée du domaine, et que nous avions eu ensemble une longue conversation. Il me répondit qu’il arrivait souvent des faits semblables.»

On voit dans ces divers récits des apparitions spontanées et des apparitions pour ainsi dire provoquées par le désir ou par la volonté. La suggestion mentale peut-elle donc aller jusque-là? Les auteurs du livre Phantasms of the Living, dont nous parlions plus haut, répondent affirmativement par sept exemples suffisamment attestés, parmi lesquels j’en offrirai encore un à l’attention de mes lecteurs. Le voici.