«Le rév. C. Godfrey, demeurant à Eastbourne, dans le canton de Sussex, ayant lu un récit d’apparition préméditée, en fut si frappé qu’il résolut d’en faire l’essai à son tour. Le 15 novembre 1886, vers onze heures du soir, il dirigea toute la force d’imagination et toute la tension de volonté dont il était capable sur l’idée d’apparaître à une dame de ses amies, en se tenant debout au pied de son lit. L’effort dura environ huit minutes, après quoi M. Godfrey se sentit fatigué et s’endormit. Le lendemain, la dame qui avait été le sujet de l’expérience vint de son propre mouvement raconter à M. Godfrey ce qu’elle avait vu. Invitée à en fixer le souvenir par écrit, elle le fit en ces termes: «La nuit dernière, je me réveillai en sursaut, avec la sensation que quelqu’un était entré dans ma chambre. J’entendis également un bruit, mais je supposai que c’étaient les oiseaux dans le lierre, hors de la fenêtre. J’éprouvai ensuite comme une inquiétude et un vague désir de sortir de la chambre et de descendre au rez-de-chaussée. Ce sentiment devint si vif que je me levai enfin; j’allumai une bougie et je descendis dans l’intention de prendre quelque chose pour me calmer. En remontant à ma chambre, je vis M. Godfrey, debout sous la grande fenêtre qui éclaire l’escalier. Il était habillé comme à l’ordinaire et avait l’expression que j’ai remarquée chez lui lorsqu’il regarde très attentivement quelque chose. Il était là immobile, tandis que, tenant la lumière levée, je le regardais avec une extrême surprise. Cela dura trois ou quatre secondes, après quoi, comme je continuais à monter, il disparut. Je n’étais point effrayée, mais très agitée, et je ne pus me rendormir.»
M. Godfrey pensa judicieusement que l’expérience à laquelle il s’était livré prendrait beaucoup plus d’importance si elle se répétait. Une seconde tentative manqua, mais la troisième réussit. Bien entendu que la dame sur laquelle il opérait n’était pas plus prévenue de son intention que la première fois. «La nuit dernière, écrit-elle, mardi 7 décembre, je montai me coucher à dix heures et demie. Je fus bientôt endormie. Soudainement, j’entendis une voix qui disait: «Réveillez-vous!» et je sentis une main qui se posait sur le côté gauche de ma tête. (L’intention de M. Godfrey, cette fois-ci, avait été de faire sentir sa présence par la voix et le toucher.) Je fus aussitôt complètement éveillée. Il y avait dans la chambre un son curieux, comme celui d’une guimbarde. Je sentais en même temps comme une haleine froide qui m’enveloppait; mon cœur se mit à battre violemment, et je vis distinctement une figure penchée sur moi. La seule lumière qui éclairât la chambre était celle d’une lampe à l’extérieur, formant une longue raie lumineuse sur la muraille au-dessus de la table de toilette; cette raie était particulièrement obscurcie par la figure. Je me retournai vivement, et la main eut l’air de retomber de ma tête sur l’oreiller, à côté de moi. La figure était inclinée au-dessus de moi, et je la sentais appuyée contre le côté du lit. Je vis le bras reposant tout le temps sur l’oreiller. J’apercevais le contour du visage, mais comme obscurci par un brouillard. Il devait être environ minuit et demi. La figure avait légèrement écarté le rideau, mais j’ai reconnu ce matin qu’il pendait comme d’habitude. Nul doute que la figure ne fût celle de M. Godfrey; je le reconnus à la tournure des épaules et à la forme du visage. Pendant tout le temps qu’il resta là, il régnait un courant d’air froid à travers la chambre, comme si les deux fenêtres eussent été ouvertes.»
Ce sont là des faits.
Dans l’état actuel de nos connaissances, il serait absolument téméraire d’en chercher l’explication. Notre psychologie n’est pas assez avancée. Il y a bien des choses que nous sommes forcés d’admettre sans pouvoir en aucune façon les expliquer. Nier ce qu’on ne peut expliquer serait de la pure démence. Expliquait-on le système du monde il y a mille ans? Aujourd’hui même, expliquons-nous l’attraction? Mais la science marche, et son progrès sera sans fin.
Connaissons-nous toute l’étendue des facultés humaines? Qu’il y ait dans la nature des forces encore inconnues de nous, comme l’était, par exemple, l’électricité il y a moins d’un siècle, qu’il y ait dans l’univers d’autres êtres, doués d’autres sens et d’autres facultés, c’est ce dont le penseur ne peut douter un seul instant. Mais l’homme terrestre lui-même nous est-il complètement connu? Il ne le semble pas.
Il y a des faits dont nous sommes forcés de reconnaître la réalité sans pouvoir en aucune façon les expliquer.
La vie de Swedenborg en offre trois de cet ordre. Laissons de côté, pour le moment, ses visions planétaires et sidérales, qui paraissent plus subjectives qu’objectives; remarquons en passant que Swedenborg était un savant de premier ordre en géologie, en minéralogie, en cristallographie, membre des académies des sciences d’Upsal, Stockholm et Saint-Pétersbourg, et contentons-nous de rappeler les trois faits suivants: