Au mois de février 1772, étant à Londres, il envoya un billet au révérend John Wesley (fondateur de la communion des Wesleyens) pour lui dire qu’il serait charmé de faire sa connaissance. L’ardent prédicateur reçut ce billet au moment où il allait partir pour une mission, et répondit qu’il profiterait de cette gracieuse permission pour lui rendre visite au retour de cette absence qui devait être d’environ six mois. Swedenborg répondit: «qu’en ce cas, ils ne se verraient pas dans ce monde, le 29 mars prochain devant être le jour de sa mort».
Swedenborg mourut, en effet, à la date indiquée par lui plus d’un mois d’avance.
Ce sont là trois faits dont il n’est pas possible de nier l’authenticité, mais que dans l’état actuel de nos connaissances personne ne voudrait assurément se charger d’expliquer.
Nous pourrions multiplier indéfiniment ces relations authentiques. Les faits analogues à ceux qui ont été rapportés plus haut de communications à distance soit au moment de la mort, soit dans l’état normal de la vie, ne sont pas tellement rares — sans être pourtant bien fréquents — que chacun de nos lecteurs n’en ait entendu citer, et peut-être observé lui-même, en plus d’une circonstance. D’ailleurs, les expériences faites dans les domaines du magnétisme témoignent également qu’en certains cas psychologiques déterminés un expérimentateur peut agir sur son sujet à distance, non pas seulement à quelques mètres, mais à plusieurs kilomètres et même à plus de cent kilomètres de distance, selon la sensibilité et la lucidité du sujet et sans doute aussi selon l’intensité de la volonté du magnétiseur. D’autre part encore, l’espace n’est pas ce que nous croyons. La distance de Paris à Londres est grande pour un marcheur, et elle était même infranchissable avant l’invention des bateaux: elle est nulle pour l’électricité. La distance de la Terre à la Lune est grande pour nos modes actuels de locomotion: elle est nulle pour l’attraction. En fait, au point de vue de l’absolu, l’espace qui nous sépare de Sirius n’est pas une plus grande partie de l’infini que la distance de Paris à Versailles ou de votre œil droit à votre œil gauche.
Il y a plus encore: la séparation qui nous semble exister entre la Terre et la Lune, ou entre la Terre et Mars, ou même entre la Terre et Sirius, n’est qu’une illusion due à l’insuffisance de nos perceptions. La Lune agit constamment sur la Terre et la remue perpétuellement. L’attraction de Mars est également sensible pour notre planète, et à notre tour nous dérangeons Mars dans son cours en subissant l’influence de la Lune. Nous agissons sur le Soleil lui-même et le faisons mouvoir, comme si nous le touchions. En vertu de l’attraction, la Lune fait tourner mensuellement la Terre autour de leur centre commun de gravité, point qui voyage à 1700 kilomètres au-dessous de la surface du globe, la Terre fait tourner le Soleil annuellement autour de leur centre commun de gravité, situé à 456 kilomètres du centre solaire; tous les mondes agissent perpétuellement les uns sur les autres, de sorte qu’il n’y a pas d’isolement, de séparation réelle entre eux. Au lieu d’être un vide séparant les mondes les uns des autres, l’espace est plutôt un lien de communication. Or si l’attraction établit ainsi une communication réelle, perpétuelle, active et indiscutable, constatée par la précision des observations astronomiques, entre la Terre et ses sœurs de l’immensité, on ne voit pas trop de quel droit de prétendus positivistes pourraient déclarer que nulle communication ne soit possible entre deux êtres plus ou moins éloignés l’un de l’autre, soit sur la Terre, soit même sur deux mondes différents.
Deux cerveaux qui vibrent à l’unisson, à plusieurs kilomètres de distance, ne peuvent-ils être émus par une même force psychique? L’émotion partie d’un cerveau ne peut-elle, à travers l’éther, de même que l’attraction, aller frapper le cerveau qui vibre à une distance quelconque, de même qu’un son, à travers une pièce, va faire vibrer les cordes d’un piano ou d’un violon? N’oublions pas que nos cerveaux sont composés de molécules qui ne se touchent pas et qui sont en vibration perpétuelle.
Et pourquoi parler de cerveaux? La pensée, la volonté, la force psychique, quelle que soit sa nature, ne peut-elle agir à distance sur un être qui lui est attaché par les liens sympathiques et indissolubles de la parenté intellectuelle? Les palpitations d’un cœur ne se transmettent-elles pas subitement au cœur qui bat à l’unisson du nôtre?
Devons-nous admettre, dans les cas d’apparition signalés plus haut, que l’esprit du mort ait réellement pris une forme corporelle dans le voisinage de l’observateur? Dans la plupart des cas, cette hypothèse ne paraît pas nécessaire. Pendant nos rêves, nous croyons voir des personnes qui ne sont pas du tout devant nos yeux, d’ailleurs fermés. Nous les voyons parfaitement, aussi bien qu’au grand jour; nous leur parlons, nous les entendons, nous conversons avec elles. Assurément, ce n’est ni notre rétine ni notre nerf optique qui les voit, pas plus que ce n’est notre oreille qui les entend. Nos cellules cérébrales sont seules en jeu.
Certaines apparitions peuvent être objectives, extérieures, substantielles; d’autres peuvent être subjectives: dans ce cas, l’être qui se manifeste agirait à distance sur l’être qui voit, et cette influence sur son cerveau déterminerait la vision intérieure, laquelle paraît extérieure, comme dans les rêves, mais peut être purement subjective et intérieure.
De même qu’une pensée, un souvenir, éveille dans notre esprit une image qui peut être très évidente et très vive, de même un être agissant sur un autre peut faire apparaître en lui une image qui lui donnera un instant l’illusion de la réalité. On obtient maintenant expérimentalement ces faits dans les études d’hypnotisme et de suggestion, études qui en sont encore à leurs débuts et pourtant donnent des résultats assurément dignes de la plus haute attention, aussi bien au point de vue psychologique qu’au point de vue physiologique. Ce n’est pas la rétine qui est frappée par une réalité effective, ce sont les couches optiques du cerveau qui sont excitées par une force psychique. C’est l’être mental lui-même qui est impressionné. De quelle façon? nous l’ignorons.