Telles sont les inductions les plus rationnelles qui paraissent pouvoir être conclues des phénomènes de l’ordre de ceux dont nous venons de nous occuper, phénomènes inexpliqués, mais fort anciens, car l’histoire de tous les peuples, depuis la plus haute antiquité, en a conservé des exemples qu’il serait difficile de nier ou d’effacer.

Mais quoi, dira-t-on, devons-nous, pouvons-nous, dans notre siècle de méthode expérimentale et de science positive, admettre qu’un mourant, ou même un mort, puisse se communiquer?

Qu’est-ce qu’un mort?

Il meurt un être humain par chaque seconde, sur l’ensemble du globe terrestre, soit environ 86 400 par jour, soit environ 31 millions par an ou plus de 3 milliards par siècle. En dix siècles, plus de 30 milliards de cadavres ont été livrés à la terre et rendus à la circulation générale sous forme de produits divers, eau, gaz, vapeurs, etc. Si nous tenons compte de la diminution de la population humaine à mesure que nous remontons les âges historiques, nous trouvons que depuis dix mille ans deux cents milliards de corps humains au moins ont été formés de la terre et de l’atmosphère, par la respiration et l’alimentation, et y sont retournés. Les molécules d’oxygène, d’hydrogène, d’acide carbonique, d’azote qui ont constitué ces corps ont engraissé la terre et ont été rendues à la circulation atmosphérique.

Oui, la Terre que nous habitons est aujourd’hui formée en partie de ces milliards de cerveaux qui ont pensé, de ces milliards d’organismes qui ont vécu. Nous marchons sur nos aïeux comme ils marcheront sur nous. Les fronts des penseurs, les yeux qui ont contemplé, souri, pleuré, les bouches qui ont chanté l’amour, les lèvres roses et les seins de marbre, les entrailles des mères, les bras des travailleurs, les muscles des guerriers, le sang des vaincus, les enfants et les vieillards, les bons et les méchants, les riches et les pauvres, tout ce qui a vécu, tout ce qui a pensé, gît dans la même terre. Il serait difficile aujourd’hui de faire un seul pas sur la planète sans marcher sur la dépouille des morts; il serait difficile de manger et boire sans réabsorber ce qui a déjà été mangé et bu des milliers de fois, il serait difficile de respirer sans s’incorporer le souffle des morts. Les éléments constitutifs des corps, puisés à la nature, sont revenus à la nature, et chacun de nous porte en soi des atomes ayant précédemment appartenu à d’autres corps.

Eh bien! pensez-vous que ce soit cela toute l’humanité? Pensez-vous qu’elle n’ait rien laissé de plus noble, de plus grand, de plus spirituel? Chacun de nous ne donne-t-il à l’univers, en rendant le dernier soupir, que soixante ou quatre-vingts kilos de chair et d’os qui vont se désagréger et retourner aux éléments? L’âme qui nous anime ne demeure-t-elle pas, au même titre que chaque molécule d’oxygène, d’azote ou de fer? Et toutes les âmes qui ont vécu n’existent-elles pas toujours?

Nous n’avons aucun droit d’affirmer que l’homme soit uniquement composé d’éléments matériels, et que la faculté de penser ne soit qu’une propriété de l’organisation. Nous avons, au contraire, les raisons les plus intimes d’admettre que l’âme est une entité individuelle, et que c’est elle qui régit les molécules pour organiser la forme vivante du corps humain.

Que deviennent les molécules invisibles et intangibles qui ont composé notre corps pendant la vie? Elles vont appartenir à de nouveaux corps. Que deviennent les âmes également invisibles et intangibles? On peut penser qu’elles se réincarnent, elles aussi, en de nouveaux organismes, chacune suivant sa nature, ses facultés, sa destinée.

L’âme appartient au monde psychique. Sans doute, il y a sur la Terre une quantité innombrable d’âmes encore lourdes, grossières, à peine dégagées de la matière, incapables de concevoir les réalités intellectuelles. Mais il en est d’autres qui vivent dans l’étude, dans la contemplation, dans la culture du monde psychique ou spirituel. Celles-là peuvent ne point rester emprisonnées sur la Terre, et leur destinée est de vivre de la vie uranique.

L’âme uranique vit, même pendant ses incarnations terrestres, dans le monde de l’absolu et du divin. Elle sait que tout en habitant la Terre elle est, en réalité, dans le ciel, et que notre planète est un astre du ciel.