«L’astronomie y est cultivée à cause de la pureté du ciel. Nous avons deux satellites dont le cours paraîtrait bizarre aux astronomes de la Terre, car, tandis que l’un nous donne des mois de cent trente et une heures, ou de cinq jours martiens plus huit heures, l’autre, par la combinaison de son mouvement avec la rotation diurne de la planète, se lève au couchant et se couche au levant, traversant le ciel de l’ouest à l’est en cinq heures et demie, et passant d’une phase à l’autre en moins de trois heures! C’est là un spectacle unique dans tout le système solaire et qui a beaucoup contribué à attirer l’attention des habitants vers l’étude du ciel. De plus, nous avons des éclipses de lunes presque tous les jours; mais jamais d’éclipses totales de soleil, parce que nos satellites sont trop petits.

«La Terre nous apparaît comme Vénus vous apparaît à vous-mêmes. Elle est pour nous l’étoile du matin et du soir, et dans l’antiquité, avant l’invention des instruments d’optique qui nous ont appris que c’est une planète habitée comme la vôtre, — mais inférieurement, — nos ancêtres l’adoraient, saluant en elle une divinité tutélaire. Tous les mondes ont une mythologie pendant leurs siècles d’enfance, et cette mythologie a pour origine, pour base et pour objet l’aspect apparent des corps célestes.

«Quelquefois la Terre, accompagnée de la Lune, passe pour nous devant le Soleil et se projette sur son disque comme une petite tache noire accompagnée d’une autre plus petite. Ici, tout le monde suit avec curiosité ces phénomènes célestes. Nos journaux s’occupent beaucoup plus de science que de théâtres, de fantaisies littéraires, de querelles politiques ou de tribunaux.

«Le Soleil nous paraît un peu plus petit, et nous en recevons un peu moins de lumière et de chaleur. Nos yeux, plus sensibles, voient mieux que les vôtres. La température est un peu plus élevée.

— Comment, répliquai-je, vous êtes plus loin du Soleil et vous avez plus chaud que nous?

— Chamounix est un peu plus loin du soleil de midi que le sommet du Mont Blanc, reprit-il. La distance au Soleil ne règle pas seule les températures: il faut tenir compte, en même temps, de la constitution de l’atmosphère. Nos glaces polaires fondent plus complètement que les vôtres sous notre soleil d’été.

— Quels sont les pays de Mars les plus peuplés?

— Il n’y a guère que les contrées polaires (où vous voyez de la Terre les neiges et les glaces fondre à chaque printemps) qui soient inhabitées. La population des régions tempérées est très dense, mais ce sont encore les terres équatoriales les plus peuplées — la population y est aussi dense qu’en Chine — et surtout les rivages des mers, malgré les débordements. Un grand nombre de cités sont presque bâties sur l’eau, suspendues dans les airs, en quelque sorte, dominant les inondations calculées d’avance et attendues.

— Vos arts, votre industrie ressemblent-ils aux nôtres? Avez-vous des chemins de fers, des navires à vapeur, le télégraphe, le téléphone?

— C’est tout autre. Nous n’avons jamais eu ni vapeur, ni chemins de fer, parce que nous avons toujours connu l’électricité et que la navigation aérienne nous est naturelle. Nos flottes sont mues par l’électricité, et sont plus aériennes qu’aquatiques. Nous vivons surtout dans l’atmosphère, et n’avons pas de demeures de pierre, de fer et de bois. Nous ne connaissons pas les rigueurs de l’hiver parce que personne n’y reste exposé; ceux qui n’habitent pas les contrées équatoriales émigrent chaque automne, comme vos oiseaux. Il te serait fort difficile de te former une idée exacte de notre genre de vie.