«Monsieur n’est pas encore descendu? fit le gardien en arrivant au sommet. J’attendais toujours pour fermer les portes, et il me semblait bien que les expériences étaient finies.»
IV
LE POINT FIXE DANS L’UNIVERS
Le souvenir d’Uranie, du voyage céleste dans lequel elle m’avait transporté, des vérités qu’elle m’avait fait pressentir, l’histoire de Spero, de ses combats à la poursuite de l’absolu, son apparition, son récit d’un autre monde, ne cessaient d’occuper ma pensée et de replacer perpétuellement devant mon esprit les mêmes problèmes, en partie résolus, en partie voilés dans l’incertitude de nos sciences. Je sentais que graduellement je m’étais élevé dans la perception de la vérité et que vraiment l’univers visible n’est qu’une apparence qu’il faut traverser pour parvenir à la réalité.
Tout n’est qu’illusion dans le témoignage de nos sens. La Terre n’est point ce qu’elle nous paraît être, la nature n’est pas ce que nous croyons.
Dans l’univers physique lui-même, où est le point fixe sur lequel la création matérielle est en équilibre?
L’impression directe et naturelle donnée par l’observation de la nature est que nous habitons à la surface d’une Terre solide, stable, fixe au centre de l’univers. Il a fallu de longs siècles d’études et une audacieuse témérité d’esprit pour arriver à s’affranchir de cette impression naturelle et à reconnaître que le monde où nous sommes est isolé dans l’espace, sans soutien d’aucune sorte, en mouvement rapide sur lui-même et autour du Soleil. Mais, pour les siècles antérieurs à l’analyse scientifique, pour les peuples primitifs, et encore aujourd’hui pour les trois quarts du genre humain, nous avons les pieds appuyés sur une terre solide, fixée à la base de l’univers, et dont les fondements doivent s’étendre jusqu’à l’infini dans les profondeurs.