L’orbite que notre planète parcourt annuellement autour du Soleil n’est pas circulaire, mais elliptique. Cette ellipse varie aussi elle-même d’année en année, de siècle en siècle; tantôt elle se rapproche de la circonférence d’un cercle, tantôt elle s’allonge jusqu’à une forte excentricité. C’est comme un cerceau élastique que l’on déformerait plus ou moins. Cinquième complication aux mouvements de la Terre.
Cette ellipse-là elle-même n’est pas fixe dans l’espace, mais tourne dans son propre plan en une période de 21 000 ans. Le périhélie, qui, au commencement de notre ère, était à 65 degrés de longitude à partir de l’équinoxe de printemps, est maintenant à 101 degrés. Ce déplacement séculaire de la ligne des apsides apporte une sixième complication aux mouvements de notre séjour.
En voici maintenant une septième. Nous avons dit tout à l’heure que l’axe de rotation de notre globe est incliné, et chacun sait que le prolongement idéal de cet axe aboutit vers l’étoile polaire. Cet axe lui-même n’est pas fixe: il tourne en 25 765 ans, en gardant son inclinaison de 22 à 24 degrés; de sorte que son prolongement décrit sur la sphère céleste, autour du pôle de l’écliptique, un cercle de 44 à 48 degrés de diamètre, suivant les époques. C’est par suite de ce déplacement du pôle que Véga deviendra étoile polaire dans douze mille ans, comme elle l’a été il y a quatorze mille ans. Septième genre de mouvement.
Un huitième mouvement, dû à l’action de la Lune sur le renflement équatorial de la Terre, celui de la nutation, fait décrire au pôle de l’équateur une petite ellipse en 18 ans et 8 mois.
Un neuvième, dû également à l’attraction de notre satellite, change incessamment la position du centre de gravité du globe et la place de la Terre dans l’espace: quand la Lune est en avant de nous, elle accélère la marche du globe; quand elle est en arrière, elle nous retarde, au contraire, comme un frein: complication mensuelle qui vient encore s’ajouter à toutes les précédentes.
Lorsque la Terre passe entre le Soleil et Jupiter, l’attraction de celui-ci, malgré sa distance de 155 millions de lieues, la fait dévier de 2′10″ au delà de son orbite absolue. L’attraction de Vénus la fait dévier de 1′25″ en deçà. Saturne et Mars agissent aussi, mais plus faiblement. Ce sont là des perturbations extérieures qui constituent un dixième genre de corrections à ajouter aux mouvements de notre esquif céleste.
L’ensemble des planètes pesant environ la sept centième partie du poids du Soleil, le centre de gravité autour duquel la Terre circule annuellement n’est jamais au centre même du Soleil, mais loin de ce centre et souvent même en dehors du globe solaire. Or, absolument parlant, la Terre ne tourne pas autour du Soleil, mais les deux astres, Soleil et Terre, tournent autour de leur centre commun de gravité. Le centre du mouvement annuel de notre planète change donc constamment de place, et nous pouvons ajouter cette onzième complication à toutes les précédentes.
Nous pourrions même en ajouter beaucoup d’autres encore; mais ce qui précède suffit pour faire apprécier le degré de légèreté, de subtilité, de notre île flottante, soumise, comme on le voit, à toutes les fluctuations des influences célestes. L’analyse mathématique pénètre fort loin au delà de cet exposé sommaire: à la Lune seule, qui semble tourner si tranquillement autour de nous, elle a découvert plus de soixante causes distinctes de mouvements différents!
L’expression n’est donc pas exagérée: notre planète n’est qu’un jouet pour les forces cosmiques qui la conduisent dans les champs du ciel, et il en est de même de tous les mondes et de tout ce qui existe dans l’univers. La matière obéit docilement à la force.
Où donc est le point fixe sur lequel nous ambitionnons de nous appuyer?