— Je n’aurais pas le mauvais goût de ne point admirer ce qui est vraiment beau, répliquai-je, et j’admets que la beauté humaine (et je vous le concède sans hésitation, la beauté féminine en particulier) représente vraiment ce que la nature a produit de plus parfait sur notre planète. Mais savez-vous ce que j’admire le plus dans cet être? Ce n’est point son aspect artistique ou esthétique, c’est le témoignage scientifique qu’il nous donne d’un fait tout simplement merveilleux. Dans ce corps charmant je vois une âme vêtue d’air.
— Oh! vous aimez le paradoxe. Une âme vêtue d’air! C’est bien idéaliste pour un corps aussi réel. Que cette charmante personne ait une âme, je n’en doute pas; mais permettez à l’artiste d’admirer son corps, sa vie, sa solidité, sa couleur.... Je dirais volontiers, avec le poète des Orientales:
Car c’est un astre qui brille
Qu’une fille
Qui sort d’un bain au flot clair,
Cherche s’il ne vient personne,
Et frissonne,
Toute mouillée, au grand air!
— Je ne vous l’interdis point. Mais c’est précisément cette beauté physique qui me fait admirer en elle l’âme, la force invisible qui l’a formée.
— Comment l’entendez-vous? On a sûrement un corps. L’existence de l’âme est moins palpable.