Il montait un cheval de bataille, harnaché comme pour une fête. Il portait ses plus belles armes; les phalères d’or brillaient sur sa poitrine. Il redressait sa haute taille, et il s’approchait avec la fière attitude d’un vainqueur qui va vers le triomphe.
Les Romains qui entouraient César eurent un moment de stupeur et presque de crainte, quand ils virent chevaucher vers eux l’homme qui les avait si souvent forcés à trembler pour leur vie. L’air farouche, la stature superbe, le corps étincelant d’or, d’argent et d’émail, il dut paraître plus grand qu’un être humain, auguste comme un héros: tel que se montra Décius, lorsque, se dévouant aux dieux pour sauver ses légions, il s’était précipité à cheval au travers des rangs ennemis.
VII
C’était bien, en effet, un acte de dévotion religieuse, de dévoûment sacré, qu’accomplissait Vercingétorix. Il s’offrit à César et aux dieux suivant le rite mystérieux des expiations volontaires.
Il arrivait, paré comme une hostie. Il fit à cheval le tour du tribunal, traçant rapidement autour de César un cercle continu, ainsi qu’une victime qu’on promène et présente le long d’une enceinte sacrée. Puis il s’arrêta devant le proconsul, sauta à bas de son cheval, arracha ses armes et ses phalères, les jeta aux pieds du vainqueur: venu dans l’appareil du soldat, il se dépouillait d’un geste symbolique, pour se transformer en vaincu et se montrer en captif. Enfin il s’avança, s’agenouilla, et, sans prononcer une parole, tendit les deux mains en avant vers César, dans le mouvement de l’homme qui supplie une divinité.
Les spectateurs de cette étrange scène demeuraient silencieux. L’étonnement faisait place à la pitié. Le roi de la Gaule s’était désarmé lui-même, avouant et déclarant sa défaite aux hommes et aux dieux. Les Romains se sentirent émus, et le dernier instant que Vercingétorix demeura libre sous le ciel de son pays lui valut une victoire morale d’une rare grandeur.
Elle s’accrut encore par l’attitude de César: le proconsul montra trop qu’il était le maître, et qu’il l’était par la force. Il ne put toujours, dans sa vie, supporter la bonne fortune avec la même fermeté que la mauvaise. Vercingétorix se taisait: son rival eut le tort de parler, et de le faire, non pas avec la dignité d’un vainqueur, mais avec la colère d’un ennemi. Il reprocha à l’adversaire désarmé et immobile d’avoir trahi l’ancien pacte d’alliance, et il se laissa aller à la faiblesse des rancunes banales.
Puis il agréa sa victime, et donna ordre aux soldats de l’enfermer, en attendant l’heure du sacrifice.
CHAPITRE XIX
L’ŒUVRE ET LE CARACTÈRE DE VERCINGÉTORIX