Vercingetorix... id bellum se suscepisse... communis libertatis causa demonstrat.

César, Guerre des Gaules, VII, 89, § 1.

I. Résumé et brièveté de sa carrière historique. — II. Son mérite comme administrateur et son influence sur les hommes. — III. De la manière dont il organisa son armée. — IV. Sa valeur et ses défauts dans les opérations militaires. — V. Des fautes commises dans les campagnes de 52. — VI. Qu’elles sont la conséquence de la situation politique de la Gaule. — VII. Valeur des adversaires de Vercingétorix: les légions et César. — VIII. Part qui revient, dans la victoire, à Labiénus et aux Germains. — IX. Ce qu’on peut supposer du caractère de Vercingétorix. Ses rapports avec les dieux. — X. Du patriotisme gaulois de Vercingétorix.

I

Vercingétorix survécut six ans à sa défaite; mais sa carrière historique finit à l’instant où César ordonna de le traiter en captif.

Elle avait commencé il y avait moins d’un an; elle tenait à peine dans trois saisons. Vercingétorix était apparu au cours de l’hiver: il disparaissait avant que l’hiver fût revenu. L’épopée dont il avait été le héros dura l’espace de dix mois.

En décembre et en janvier, c’est l’insurrection de la Gaule qui s’organise, en un clin d’œil, dans un pays que César regardait comme soumis. En mars, c’est le siège d’Avaricum, où Vercingétorix montra pour la première fois à son adversaire une armée celtique qui sût obéir à la discipline. En mai, la résistance de Gergovie ne laisse plus à César que l’espoir de la retraite. Puis, brusquement, en été, survient cette bataille de Dijon où le proconsul romain ne l’emporta qu’au péril de sa vie. Et enfin, à l’entrée de l’automne, se déroule et finit le triple drame d’Alésia, où près de quatre cent mille hommes se réunirent pour décider du sort de Vercingétorix.

L’œuvre du roi des Arvernes, dans l’histoire des grands ennemis de Rome, n’est point à coup sûr comparable à celle d’Hannibal et de Mithridate; elle n’en a pas l’étendue, la variété, la portée générale. Vercingétorix n’arma qu’une nation, et les deux autres dirigèrent la moitié du monde. Mais, comme tension de volonté et application d’intelligence, les trois campagnes d’Avaricum, de Gergovie et d’Alésia, ramassées en un semestre, valent Trasimène, Cannes et Zama, échelonnées en dix-huit ans.

Puis, le Gaulois eut sur les adversaires de Rome, sur les deux plus grands, Hannibal et Mithridate, comme sur les moindres, Jugurtha, Persée, Philippe, l’avantage de ne combattre qu’avec la force de la jeunesse, et d’être brisé d’un seul coup. À défaut de la victoire, la fortune lui a donné le privilège de ne point vieillir dans la défaite et de ne point s’enlaidir à la recherche d’un asile et dans les craintes de la trahison. Sa courte vie de combattant eut cette élégante beauté qui charmait les anciens et qui était une faveur des dieux.

II