Il ne faut pas se borner, en étudiant Gergovie, à la critique des opérations du siège et à l’explication de la victoire de Vercingétorix. Il est une autre leçon d’histoire nationale que la montagne arverne peut nous donner. Regardons de là la plaine de la Limagne et le sommet du Puy de Dôme. Rendons-nous compte de l’effet que ces riches cultures et cette cime impérieuse ont pu faire sur les Gaulois, et nous trouverons des éléments de force morale et de richesse matérielle aussi décisifs pour comprendre le rôle des Arvernes et de Vercingétorix que les pentes inaccessibles de la montagne de Gergovie.

NOTE IV[105]

La bataille de Dijon.

Le champ de bataille que j’indique m’a été suggéré par le mémoire de Gouget[106]. Je renvoie à son travail ceux qui désirent connaître les motifs d’ordre géographique et stratégique qui rendent ce choix vraisemblable.

J’avais déjà accepté les conclusions de Gouget lorsque j’ai essayé de reconstituer, sur les lieux, les détails du combat. L’étude du terrain, sans les dissiper complètement[107], n’a pas accru les doutes qui me restaient encore: car je n’ignore pas que, dans toute recherche rétrospective de topographie militaire, il ne peut y avoir que des vraisemblances plus ou moins grandes.

Le large mamelon qui protège Dijon à l’Est, depuis la ligne des faubourgs jusqu’aux villages de Saint-Apollinaire et de Mirande, puis, au delà, cette vaste plaine découverte qui s’étend vers Quétigny et Varois jusqu’au bas-fond de la Norges, forment un emplacement naturel pour un très grand combat de cavalerie.

Rien n’était plus important, au cours de ce combat, que la possession de la ligne des plus hauts sommets, marquée aujourd’hui par le sentier de Saint-Apollinaire (268 mètres) au tilleul de la triangulation (269 mètres): ce sont là, je crois, les deux points culminants. — Cette hauteur a été comme un rideau qui a masqué[108] à Jules César[109] la présence et les opérations de l’armée gauloise[110]. Si peu élevée qu’elle soit au-dessus de la plaine (Varois, à une lieue de là, est encore à 225 mètres de hauteur), elle est de telle nature que, du versant oriental, on ne peut rien apercevoir de la vallée de l’Ouche et des régions voisines de Dijon. — Lorsque Vercingétorix l’eut occupée, il assura par là ses relations entre ses camps et la plaine de Varois, où il fit attaquer les légions, et il domina jusque dans les moindres détails[111] tout le champ de bataille. — En revanche, lorsque les cavaliers germains, gravissant sans peine les pentes que suit aujourd’hui la route nationale (du carrefour du chemin de Quétigny jusqu’à Saint-Apollinaire), eurent délogé l’ennemi du dos d’âne qu’ils occupaient jusqu’au chemin de Mirande, summum jugum nacti[112], lorsqu’ils eurent poursuivi les vaincus jusque dans la plaine de Dijon, et jusqu’aux bords de l’Ouche, fugientes usque ad flumen[113], il ne restait plus à tout le reste de la cavalerie gauloise qu’à prendre la fuite. Car, en s’inclinant vers le Sud-Est, soit par la route du Parc dans la plaine, soit par les chemins de Mirande et de Quétigny sur la hauteur, les Germains auraient pu promptement couper la retraite vers l’Ouche et les camps gaulois. Aussi, dès que les Gaulois, occupés contre les Romains dans la plaine de Varois, virent les Germains maîtres du sommet de Saint-Apollinaire, qua re animadversa, craignant d’être enveloppés, ils se débandèrent sans retard[114]. Et ce fut sans doute au moment où ils descendirent par les pentes rapides qui mènent de Mirande vers le faubourg Saint-Pierre et vers le Parc qu’ils furent rejoints par les cavaliers germains: c’est là, peut-être, qu’eurent lieu les principales captures de chefs[115].

On peut conjecturer également la manière dont la poursuite fut conduite par César. Il plaça ses bagages en sûreté sur la colline la plus voisine du champ de bataille[116]: comme ce n’est pas celle de Saint-Apollinaire, où a eu lieu le combat, je suppose que c’est celle de Talant, de l’autre côté de Dijon. Puis, il reprit sa route. Le soir de la bataille, il put tuer encore 3 000 hommes à l’arrière-garde des Gaulois[117]. Puisqu’ils fuyaient vers Alise-Sainte-Reine, César a dû les talonner dans la vallée de l’Ouche ou sur les larges plateaux qui la bordent à l’ouest de Dijon. Mais Vercingétorix s’engagea ensuite dans une des régions les plus tourmentées de la Côte d’Or: c’est d’abord la chaîne principale des montagnes, entre Fleurey et Blaisy; c’est ensuite, sur l’autre versant, la vallée de l’Oze, étroite, dominée par des croupes boisées, pleine d’impasses et de cachettes, coupée d’éperons et de ravins. La poursuite, la nuit surtout, ne pouvait plus se faire qu’avec les plus grandes précautions. Elle prit fin à la tombée du jour[118].

NOTE V[119]