Les contingents de l’armée de secours.

Voici de quelle manière je rétablis, d’après les manuscrits de César, le chiffre des effectifs fixés par l’assemblée des chefs (César, de Bello Gallico, VII, 75, § 2 et suiv.: Imperant, etc.). Ce chiffre a dû être légèrement supérieur à celui des contingents réellement amenés (coactis, etc., VII, 76, 3): ce qui explique la différence entre le total des hommes demandés (275 000) et la force de l’armée de secours (258 000). César n’a eu en mains que la liste des contingents votés par le conseil. — L’astérisque, dans la liste qui suit, indique les peuples dont la présence ou le nom peuvent être discutés à la place que nous leur donnons, ou les chiffres qui ne sont pas absolument certains. — Les différents systèmes proposés pour ce classement ont été en dernier lieu reproduits et discutés par M. Beloch, dans son étude sur «la Population de la Gaule au temps de César», parue dans le Rheinisches Museum de 1899, p. 414 et suiv.

1–5: Arvernes, y compris leurs clients: *Eleuteti [Rutènes libres], Cadurques, Cabales, Vellaves: 35 000. — 6–10: Éduens, y compris leurs clients: Ségusiaves, *Ambluareti [Ambarres], Aulerques Brannoviques, *Blannovii [Boïens?]: 35 000. — 11–15: Séquanes, Sénons, Bituriges, Santons, Carnutes, chaque peuple 12 000. — 16 et 17: Bellovaques, Lémoviques: 10 000 chaque. — 18–21: Pictons, Turons, Parisiens, Helvètes: 8 000 chaque. — 22–27: *Andes, Ambiens, Médiomatriques, Pétrucores, Nerviens, Morins: *6 000 chaque. — 28: Nitiobroges, à *5 000. — 29: Aulerques Cénomans, à 5 000. — 30: Atrébates, à *4 000. — 31–32: Véliocasses, *Lexoviens, chacun à *3 000. — 33: de même les Aulerques *Eburoviques. — 34 et 35: les Boïens (du Rhin?) et les Rauraques: à *2 000 chaque. — 36–43: les cités de l’Armorique, nommément Coriosolites, Rédons, *Ambibares [Ambiliati?], Calètes, Osismiens, Vénètes, *Lémoviques, Unelles, taxées en tout à 30 000. — Nous avons essayé plus haut, p. [284], un groupement géographique de ces peuples et de ces effectifs.

Des nations de la Gaule citées ailleurs par César, il manque: les Rèmes et les Lingons, demeurés fidèles aux Romains (VII, 63); les Leuques (Toul), qui étaient leurs voisins, eux aussi, peut-être, les alliés de César (cf. I, 40); les Suessions, en ce moment soumis aux Rèmes (VIII, 6); les Meldes (Meaux), peut-être dans le même cas (cf. V, 5); les Trévires, occupés par la guerre de Germanie (VII, 63); les Ménapes, les Éburons et les petites tribus du Nord-Est, retenus sans doute par le même motif; les Mandubiens d’Alésia; les Namnètes (III, 9), les Diablintes de Jublains (III, 9), les Ésuviens de Séez (II, 34; III, 7; V, 24), omis par inadvertance ou, plutôt, rattachés, dans la pensée de César, les premiers à l’Armorique, les deux autres à l’Armorique ou aux Aulerques.

NOTE VI[120]

Alise-Sainte-Reine.

Avant de livrer ce volume à l’impression, j’ai voulu revoir longuement tous les détails des champs de bataille d’Alise-Sainte-Reine. J’avais quelques hésitations encore au sujet des positions que j’ai assignées aux combattants: elles se sont, sur place, assez rapidement dissipées.

Bien d’autres ont constaté avant moi avec quelle précision la description générale d’Alésia, dans les Commentaires[121], s’accorde avec l’état des lieux et l’aspect du paysage. Mais, même dans les détails topographiques, l’expression de César est nette et significative[122].

On a souvent dit que les champs de bataille se transforment rapidement, et qu’après vingt ans écoulés, les principaux acteurs d’un combat avaient peine à reconnaître les lieux où ils avaient joué une partie décisive de leur vie. Peut-être est-ce parce qu’aux heures de lutte ils avaient mal vu les choses, et que les craintes du moment avaient dénaturé leurs impressions. Mais Jules César se troublait rarement. Il avait, entre autres qualités, un coup d’œil d’une exactitude pénétrante; il saisissait sur-le-champ les positions maîtresses, et en notait sans erreur les valeurs réelles ou relatives. De plus, il a su trouver, en écrivant ses Commentaires, le style adéquat à cette qualité. Aussi s’est-il borné, dans ses descriptions de villes, de sièges et de champs de bataille, aux traits essentiels, et s’est-il servi, presque toujours, des mots nécessaires et des termes qui portent.

Je dis presque toujours, et non pas toujours. Le seul reproche que j’adresserai à César, c’est d’avoir, dans ses exposés topographiques, exagéré légèrement les lignes principales des pays dont il parle. Il appelle Alésia «un lieu fort élevé», admodum editus locus[123], le Mont Auxois une colline fort haute, summus collis[124]: les superlatifs sont peut-être de trop. Il se sert de l’expression d’ «escarpé», loca prærupta[125], quand il s’agit seulement d’une montée un peu rude. C’est faire beaucoup d’honneur à l’Oze et à l’Ozerain que de les appeler flumina[126], surtout en dehors des saisons de pluies. Mais il ne faut pas oublier que César ne parle pas en géographe, soucieux de la nuance et du vocable technique. Il écrit comme il a vu au moment de la mêlée, en combattant qui ne regarde dans un détail du terrain que l’avantage ou l’obstacle immédiats. Il appellera indifféremment mons ou collis toute hauteur dominante[127], et il lui suffira d’une pente difficile à des soldats en armes pour qu’il parle d’escarpements. Mais si le trait essentiel est forcé, il n’est jamais faussé.