Des peuples de la frontière germanique, les Trévires, seuls, ne furent pas en mesure d’envoyer aux Gaulois un secours apparent. En réalité, ils leur étaient fort utiles. Depuis le commencement de la guerre, ils ne cessaient de batailler contre les Germains, et par là ils empêchaient la Gaule d’être prise à revers par une invasion toujours prête. Mais les Médiomatriques (de Metz), les Séquanes et les Helvètes acceptèrent de défendre la liberté de tous: les Séquanes n’étaient-ils pas d’anciens alliés du peuple arverne? les Helvètes n’avaient-ils pas à venger la première injure que César eût infligée à une cité de la Gaule? Au delà des plaines de la Saône, ces deux derniers peuples allaient mettre de nouvelles barrières entre César et sa province.

Pour achever de les décider, eux et les autres, les Éduens eurent recours au procédé cher aux Barbares. On venait de leur expédier à Bibracte les otages que la Gaule avait jadis livrés à César. Ils annoncèrent qu’ils mettraient à mort les représentants des nations qui refuseraient de s’allier à eux, et peut-être quelques premiers supplices montrèrent que la menace n’était point vaine. Les dieux, cette fois encore, eurent leurs victimes. Les peuples effrayés n’eurent plus qu’à obéir. Et ces mêmes otages qui avaient garanti la fidélité de la Gaule à César allaient garantir son attachement à la liberté.

II

En réalité, ce soulèvement général de la Gaule enlevait à Vercingétorix autant de force qu’il lui amenait de secours.

Sans doute, il peut doubler l’effectif de sa cavalerie et de son infanterie. Mais les milices qui vont lui arriver ne valent pas ces hommes dociles et endurants dont il a, depuis vingt semaines, exercé et façonné l’âme et le corps. Les nouveaux-venus apporteront cette indiscipline et cette ardeur à la bataille qu’il avait eu tant de peine à refréner chez ses premiers soldats, et ces défauts deviendront d’autant plus dangereux qu’ils agiteront des masses plus grandes.

Le nombre des chefs se multiplia comme celui des hommes. Si, devant Avaricum, Vercingétorix a dû céder aux autres maîtres de nations, il les avait réduits, dans Gergovie, à n’être que ses légats. Cette tâche était à recommencer pour lui.

Au début de l’insurrection, il avait, en l’honneur de ses dieux, fait flamber quelques bûchers d’adversaires. Ce qui lui était possible dans l’exaltation de la prise d’armes, et sur la terre paternelle de Gergovie, était impraticable après la victoire et sur le sol éduen, où il n’était plus que l’hôte d’une cité alliée.

De plus, Vercingétorix n’avait certainement pas, depuis six mois, épuré son conseil de toutes les jalousies. Ses succès et son commandement impérieux avaient dû bien plutôt en accroître le nombre. Les plus irréductibles, sans doute, étaient celles de ses plus proches voisins, ces chefs arvernes qui avaient été ses camarades de jeunesse ou ses rivaux politiques. Plus d’un sénateur gergovien ne devait pas lui pardonner d’être le fils d’un tyran, et roi lui-même. L’arrivée d’Éduens renforça la bande de traîtres et d’envieux qui se formaient autour de lui.

Enfin, c’étaient de nouveaux peuples qui se joignaient aux Arvernes et aux Carnutes, jusque-là les deux principaux arbitres de l’insurrection. Mais les Carnutes étaient trop compromis contre César pour souhaiter une défaite, et derrière les Arvernes, Vercingétorix s’appuyait sur l’amitié solide des Cadurques et autres clients séculaires de la royauté de Gergovie. Il avait à compter maintenant avec les Helvètes, les Séquanes, les Éduens, rivaux traditionnels de son peuple. Quelle sécurité pouvait-il trouver chez ces derniers venus de la révolte, décidés moitié par crainte et moitié par intérêt, et qui offriraient sans peine à César des occasions et des motifs de pardon? Vercingétorix aurait à combattre, avec la jalousie des chefs, les rancunes des nations, et de la nation éduenne entre toutes.

III