— Quand tu me dirais cela cent fois, fit-elle, il y a là quelque chose que je ne comprendrai jamais.

Elle embrassa l’enfant et ensuite se mit à rire.

— Vois-tu, petit homme, un jour tu seras grand ; je prendrai alors aussi une pierre comme il fait et puis je te dirai : ceci est la mer et ceci est la terre, et ceci est le ciel. Je verrai bien ce que tu en penseras.

Mais moi, avec mes yeux profonds, je ne pouvais me détacher de la vue des cercles. Mon cœur battait à me faire mal. Un poids lourd m’accablait comme si tout l’univers m’eût pesé aux épaules. Et je ne trouvais rien à dire, avec une force enchaînée au fond de moi.

— Répète encore la leçon, demandai-je.

Il ramassa le caillou et alors seulement une chose dans ma vie se délia ; je pris ma tête dans mes mains et pleurai comme un petit enfant.

Les jours suivants, j’allai seul dans la forêt et avec un bâton entre les doigts, je dessinais les trois cercles de la terre, des eaux, de l’espace. Je n’étais plus heureux.

— Voilà, dis-je à cet homme, à présent il faut que j’aille devant moi par le monde. Si Iule veut rester ici avec le petit, elle le peut. Je partirai seul.

Sa voix trembla : il eut la défaillance des vieillards.

— Je t’ai aimé comme mon fils. Tu ne trouveras ailleurs ni un meilleur pain ni plus de fruits. Réfléchis aussi que tu rencontreras les hommes sur ton chemin.