Nous dormîmes toute cette nuit près du cœur d’une humanité tendre et farouche. Elle aussi, dans sa marche sans trêve, connut là l’étape et elle attendait venir le jour. Des renards aigrement glapissaient au dehors ; des chats sauvages se battaient ; le râle dur des grands oiseaux nocturnes ne cessait pas.
Et puis des vols de freux croassèrent : nous sûmes ainsi que le matin était descendu.
Des pentes nouvelles s’escarpèrent ; un aigle longtemps plana. Celui-là, je n’aurais pu l’abattre avec mes flèches. Cette terre volcanique ensuite petit à petit s’aplanit. La caravane s’enfonça dans la forêt des pins : elle s’étendait pendant des lieues ; leurs fibres nerveuses seules avaient pu pousser dans le sol léger et cendreux que les eaux salées de la mer autrefois avaient épuisé. On entendait toujours les cris amusés de l’enfant et Iule chantait ; ses chansons étaient douces et n’avaient pas de sens. Parfois aussi elle sifflait, imitant le chant des oiseaux. Le Père et moi à présent marchions devant sans rien dire, le cœur serré, car le temps de la séparation était proche.
Il m’embrassa et me dit :
— En avançant droit devant toi, tu ne peux manquer de rencontrer la mer. Quant à moi, mon chemin est à l’est. Adieu !
Il me serra une dernière fois dans sa poitrine ; et frappant de son bâton la terre molle, il allait à grands pas. Iule était restée en arrière avec l’enfant ; il parut l’avoir oubliée. Je le regardais s’avancer sous les arbres, pensant : Tant que tu pourras l’apercevoir, il sera vivant pour toi ; mais qui peut dire qu’ensuite tu le reverras jamais ?
Il ne fut plus qu’une ombre ; et maintenant Iule m’avait rejoint : elle lutinait avec l’enfant et à peine elle s’aperçut qu’il nous avait quittés.
— Vois, dis-je, cet homme est parti et de nouveau nous sommes seuls comme au premier jour.
— Pourquoi aussi, me répondit-elle aigrement, voulais-tu voir cette mer ? N’avais-tu pas assez du ruisseau ? Et es-tu sûr qu’une fois arrivés là, nous toucherons aux limites du monde et qu’ensuite il n’y aura plus rien que le vide ?
Le souci s’effaça ; je ne songeai plus qu’à rire de la conception qu’elle se faisait de la terre. Du manche de ma cognée figurant sur le sol un grand cercle, j’expliquai :