— Voilà oui, c’est bien ainsi, le livre a raison.

La hache restait pendue au mur, toute rouillée à cause de l’air de la mer.

Comme ils n’avaient ni arts ni industries, Iule leur apprit à tresser des paniers. Je les aidai à réparer leurs toits en ruines. Avec les bois échoués, ils se construisirent des clôtures. J’allais avec les jeunes hommes sur la dune, je leur disais :

— Un jour je vous mènerai vers la forêt. Elle est sortie d’un gland. Vous planterez un des glands et il vous viendra une forêt aussi.

Ayant frappé du pied le sol, je disais encore :

— Avec cette terre, vous ferez des maisons.

Je parlais comme un homme qui rêve de peupler un désert.

Un hiver ainsi passa : la mer entra dans la dune ; des barques échouèrent à la côte ; et ils étaient redevenus sauvages. Une fois, ils se ruèrent sur des naufragés : le meurtre plana ; et moi, avec le livre dans les mains, je les soumis : j’avais bien dit au paralytique de marcher devant lui. Et puis les matins légers bleuirent. Iule, en caressant ma jeune barbe, reparla de la forêt. Je cessai de regarder la mer et à mon tour j’éprouvais une peine infinie.

— Oui, dis-je comme en songe, les nouveaux essaims ont bâti des cités nouvelles.

Des vols d’abeilles tourbillonnèrent. Les âges étaient remplis de leur labeur et elles travaillaient pour les siècles. Mon âme nouvelle remua en moi : comme elles, j’étais venu aux limites de la mer vers des fleurs d’humanité rude et à présent je jetais les fondements d’une cité dans les sables jusque-là incultes. Je ne savais plus que Iule était là avec ses mains dans ma barbe et ses yeux pâles regardant vers la forêt.