Un des anciens faiblement se lamenta :
— Est-ce qu’il nous faudra mourir sans que nos yeux brûlés par le sel se soient rafraîchis à la lumière verte des arbres ?
Celui-là m’émut à cause de ses ans misérables. Sa voix venait à moi comme du fond d’une agonie.
Je touchai avec les doigts ses paupières et je dis :
— Voici mes mains sur tes veux, et mes mains sont la vie. Maintenant la vie ne t’abandonnera pas avant que tu aies vu les choses promises. Crois-en ce que je te dis, la vie est avec moi.
Une grande force montait du fond de mon être : je tins la vie de ce vieil homme dans mes mains et j’avais parlé sans imposture, croyant moi-même à ce que je lui disais.
— S’il en est ainsi, dirent les autres, qu’il en soit fait selon ta volonté. Il est juste que celui-là commande qui a un signe sur lui.
J’étais donc avec ce peuple comme quelqu’un venu du côté de l’orient. Ils regardaient profondément la vie dans mes yeux clairs. Pour l’avoir eue en moi, j’avais mérité d’être le berger qui va devant le bêlement du troupeau. Celui-là est le plus près de la vie qui, sans raisonner, met un pas devant l’autre, et tous rapprochent d’une chose qu’on ne sait pas et qui est la destinée. Je pensais : Un jour il viendra des hommes vierges et terribles selon le cœur de la vie et la terre leur appartiendra. Un pauvre homme comme moi qui avait été à l’école chez les arbres et les oiseaux, avait bien le droit de penser cela.
Le troisième été brûla et la ville montait. La forêt alors de nouveau tressaillit en moi. C’était le temps où mûrissaient les secourables vulnéraires, où les sauvages abeilles distillaient un miel abondant. Mon cœur se gonfla comme autrefois le cœur des fils libres de la terre à l’idée des proies chaudes. Aux limites parfumées, peut-être le Père écoutait si des pas ne venaient pas du côté de la mer.
Je dis aux hommes :