Nous luttâmes. D’un bond elle s’échappa et, à une petite distance, avec une joie méchante, elle me défiait et sourdement disait :

— Elle est à moi ! Je l’ai volée ! je l’ai volée ! Elle est à moi !

Je me mis à siffler tranquillement entre mes dents, et puis, après un peu de temps, je lui dis :

— Vois maintenant : cette femme t’a aimée comme une fille et tu l’as volée.

Elle cria encore une fois en faisant tinter l’or de la pendeloque :

— Elle est à moi. Je percerai un petit trou à mon oreille, je la passerai dans le trou. Si quelqu’un dit que cette chose n’est pas à moi, il en a menti.

Je lui répondis doucement :

— Il n’y a là qu’une boucle et tu as deux oreilles. Comment feras-tu pour en mettre un morceau à toutes les deux ?

— Oh ! fit-elle, je n’avais pas encore pensé à ce que tu dis là. La boucle était dans le tiroir là-bas : il n’y en avait qu’une et je l’ai prise. Je ne les aurais pas prises toutes les deux.

— Si j’étais toi, Iule, je la rapporterais à la vieille femme, puisqu’aussi bien tu as deux oreilles et que tu n’as qu’une boucle. Je lui dirais : J’ai pris cette boucle dans le coffre et à présent je te la remets. Elle se fâchera et puis elle oubliera que tu es allée au coffre. Je t’assure, c’est cela qui est le mieux.