— Oui, s’écria-t-elle joyeusement, c’est cela qui est le mieux.
Je fis un pas, je croyais qu’elle me rendrait la boucle. Mais elle se recula derrière un arbre et se mit à rire.
— Après tout, n’est-elle pas à moi, puisque je l’ai ? Dans le coffre, elle n’était à personne et maintenant je la tiens dans mes mains. Pourquoi l’un aurait-il une chose que l’autre n’a pas ?
Voilà, cette petite fille, dans sa cervelle obtuse, disait là une vérité effrayante. Si l’un a un morceau de pain qui est refusé à la faim d’autrui, c’est celui-là qui est le voleur. Tout devrait être partagé entre les hommes, et qui a deux boucles d’oreilles peut bien en donner une à qui n’en a pas. Cependant je dis à Iule :
— Pense à ceci : la vieille femme a payé la boucle avec son argent, et si elle te demandait le prix qu’elle en a donné, tu ne pourrais pas le lui rendre.
— Eh bien, fit-elle, va toi-même la remettre dans le coffre. Quand elle l’ouvrira, elle verra la boucle et elle ne songera pas à autre chose.
Ses paupières battirent ; elle eut une petite douleur sèche qui lui crispait la bouche.
— Je l’avais tenue cachée sur ma peau tout un temps. Elle brillait si gentiment au soleil ! Si tu l’avais vue pendue à mon oreille, tu aurais cru voir une autre fille. Oh ! je la déteste, cette vieille femme ! Pourquoi a-t-elle eu de douces paroles pour moi ?
Je lui ouvris les doigts, elle m’abandonna enfin la boucle et alors moi, avec le cri de la force et de la ruse, je partis en courant vers le camp.
— Elle est à moi, Iule ! Si tu dis que c’est moi qui l’ai volée, je t’étranglerai.