Iule s’agita sous les feuilles, amusée de l’idée. Elle se mit à rire et me dit :

— Oh ! Petit Vieux, tu entends ? Ils nous ont pris pour des singes.

Quelquefois des hommes s’installaient aux carrefours : ils possédaient de petits ouistitis aux yeux malades, affublés d’épaulettes de troupier ou de falbalas de marquise. Elle et moi souvent avions pris plaisir à les voir danser à la corde ou manœuvrer un fusil. Je dis fièrement à ce garçon :

— Nous sommes des hommes comme toi.

— Oui, ma foi ! s’écria-t-il. Ils ont des bras et des visages comme nous.

Et il ne cessait pas de regarder Iule. Un des vieux aperçut nos réserves de bois, les peaux séchant aux branches, les pierres sur lesquelles nous mettions cuire nos proies. Il montra la forêt d’un large geste et dit rudement :

— C’est eux qui cassent les jeunes arbres. Ils tuent les bêtes.

J’appuyai sur lui des yeux résolus et répondis tranquillement :

— La forêt est à nous. Il n’y avait personne ici quand nous sommes venus.

Alors ce vieil homme se mit à rire aussi.