— Ils disent que la forêt est à eux !… Il y a cent ans que les miens et moi abattons les arbres et pas même une feuille ne nous appartient.

Le jeune homme se penchait sur moi et me demandait avec douceur qui était cette fille aux cheveux rouges. Je crus qu’elle allait lui répondre comme aux briquetiers :

— Celui-là est Petit Vieux et moi je suis sa femme.

Elle me dit seulement :

— Parle-lui, toi, comme tu croiras devoir parler.

La ruse, la défiance s’éveillèrent. Après tout, de quel droit nous interrogeaient ces gens ?

— C’est Iule, dis-je, et moi, on m’appelle Petit Vieux. Je n’en dirai pas davantage.

Ils échangèrent encore quelques mots entre eux ; puis le plus vieux fit un pas.

— Voilà. Il y a du pain chez nous. Si tu as du cœur, tu viendras travailler. On s’arrangera pour le reste.

Du pain ! La tentation encore une fois monta. Celui-là avait parlé comme le vieil homme chez les briquetiers. Je me tournai vers Iule et ensuite toute la vie libre de la forêt fut devant moi : je n’osai plus la regarder. Elle palpita contre ma poitrine. Elle me chuchota dans l’oreille : « Du pain, Petit Vieux ! Pense à cela ! »