— Vois, dit-il, je te cherchais. J’ai quitté la forêt pour te dire quelque chose.
Et encore une fois il s’élançait, un rire sauvage aux dents. Elle avait laissé tomber la bourrée de bois qu’elle portait et se tenait assise, pleurant mollement dans ses mains.
— Non, fit-elle, cela, je ne veux pas l’entendre. Tu me l’as déjà dit trop de fois. Et cependant, je t’assure, quand tu me le dis, j’en meurs de plaisir.
L’air était léger et une petite distance nous séparait : j’entendais nettement leurs paroles. Iacq à présent haussait les épaules et la regardait avec des yeux froids sous ses sourcils levés. Je pensais : « S’il porte seulement la main sur elle, je bondirai, je le tuerai avec la cognée. » Je ne savais pas ce que je ferais ensuite de Iule. Je demeurai ainsi un peu de temps tendu comme la corde de l’arc, mordant mes mains jusqu’au sang pour ne pas crier. Toute ma force m’était revenue, une énergie froide et bandée, dans l’attente sournoise de l’événement. Je voulais savoir enfin pourquoi toujours à deux ils riaient. Et c’était aussi un autre sentiment torturant et mauvais, une joie trouble de saigner là ma vie, dans une soif de souffrance impure.
Iacq un instant s’assit auprès d’elle, sifflant dans ses dents et balançant la tête. Quelquefois, avant d’abattre la hache, il s’attardait ainsi à siffler, mesurant à la puissance de l’arbre la force de l’effort. Le coup n’en était que plus terrible après. Mais Iule soudain retira sa main de dessus ses yeux et le regarda d’un air de défi : elle m’avait aussi regardé comme cela autrefois. Et maintenant, avec une clameur de bête il la poussait par les épaules, lui mangeait goulûment la bouche, couché sur elle de toute sa masse de géant.
— Petit Vieux ! cria Iule.
Voilà oui, cette chose aurait pu arriver. J’aurais tué cet homme sans défense, écoutant l’instinct originel, et ensuite plus jamais je n’aurais touché à une hache sans le voir étendu à terre dans son sang. Je courus donc sur Iacq en brandissant la cognée : s’il avait eu un couteau, nous nous serions battus jusqu’à la nuit. Mais, s’étant relevé, il avait croisé les bras et me disait tranquillement :
— Eh bien, tu l’as vu. Frappe, puisque c’est toi qui as la chance.
Iule aussi, dans sa lâcheté de femme, criait :
— Oui, oui, frappe-le, ce n’est pas moi qui t’en empêcherai.