Elle me parla loyalement : elle avait l’innocence d’une fille que le baiser de l’homme a seulement effleurée. Je n’osais lui demander s’il lui avait pris la bouche dans ses lèvres. Mon cœur encore une fois fut blessé mortellement. Et puis doucement, cachant mon jeu pour mieux capter sa confiance, je me mis à rire.

— Iule, dis-le moi, comment faisait-il ? Comme il le faisait, moi aussi je le ferai.

— L’autre matin, il m’a renversé la tête comme ça. J’ai cru qu’il voulait me mordre.

— Comme cela, dis-tu ?

Je m’étais dressé sur les poings et avec fureur je lui prenais la bouche entre mes dents. Elle cria, toute pâle :

— Tu m’as fait mal ! Je t’en prie, si tu recommences, fais-le moins fort.

Mais à présent je la roulais sous moi, je cognais sa nuque contre le sol, je disais sourdement dans ma folie jalouse :

— Vois tu, toi aussi je pourrais te tuer, horrible Iule !

Elle se raidit, les yeux agrandis d’épouvante et charmés :

— Va, tu le peux si c’est ton plaisir : je ne crierai plus.