Et elle était là comme une petite martyre, les bras retombés le long de son corps, avec un visage heureux, ayant l’air d’attendre la sainte mort. Je ne sais plus comment il se fit que tout à coup mes mains se détendirent. Je pleurais, je riais, je tétais tendrement ses lèvres, disant :
— Te fais-je encore mal ainsi ?
Je n’avais jamais connu un tel bonheur. Sa bouche avait le goût d’un fruit chaud. J’aurais voulu mourir en buvant son jus frais. Iule avait fermé les yeux et poussait des cris légers. Si cependant Iacq, ce jour-là, n’était pas revenu vers la hutte, j’aurais ignoré longtemps encore que j’aimais Iule d’un cœur d’homme. La nature enfin avait jeté son cri en moi.
Elle me disait gentiment à présent :
— Pourquoi ne le faisais-tu pas avant lui ? Je t’ai attendu si longtemps, j’étais toujours malade d’une chose que tu ne voulais pas comprendre.
Moi aussi, Iule, j’avais crié et sangloté dans le bois, je touchais ma chair, je croyais la toucher avec tes mains. Une lumière nous inonda : la nuit fut déchirée, et je ne me cachais plus d’elle. Je lui disais naïvement de quel mal moi aussi j’avais souffert. Ce fut un moment très pur au bord de la connaissance, avec le tremblement de la virginité entre nous, comme une dernière défense. Elle me rendait mes baisers et soupirait.
— Crois-moi. Il y a encore autre chose dont toujours me parlait le garçon.
Dans son tourment ingénu, elle fut pareille à Eve rougissante d’un feu inconnu tandis qu’en riant elle montrait à Adam l’ombre de l’arbre comme un doigt à son flanc. Le bon maître nous avait conté cette histoire.
En ce moment un des vieux hucha en nous injuriant. Nous fûmes troublés de nous apercevoir au grand jour de la clairière, avec nos âmes nues sur nos visages.
O Iule ! Cet homme était là ! Il nous a vus nous embrassant !