Tous les soirs, Iule partait ramasser des cônes dans la pinède. Or, une fois, elle rentra soudain, le souffle court, et me dit :

— Petit Vieux, un visage d’homme était là derrière les arbres et me regardait.

Je m’élançai, j’étais armé de la cognée. J’aurais vengé au prix de ma vie notre chère solitude violée. Les ombres s’étendirent et je n’avais pas vu l’humain redoutable entré dans notre royaume. Je revins vers la maison et dis à Iule :

— Vois, le fer est humide de sang.

Elle vit que je me moquais : elle n’était plus aussi assurée qu’elle eût aperçu réellement un homme.

— Je t’assure cependant, fit-elle, il avait une bouche et des yeux comme toi.

— C’était un arbre, petite Iule, rien qu’un arbre.

Mon rire joyeusement sonnait sous le ciel pâle.

Je n’aimais pas qu’elle me parlât de Iacq. Un levain jaloux toujours fermentait à l’idée que ce garçon avait porté la main sur sa chair vierge. C’était aussi un regret pénible qu’il ne fût plus là pour me donner du tabac. Voilà oui, j’étais obligé de fumer maintenant des feuilles sèches : son tabac à lui avait un goût plus délicat. Je ne pouvais oublier cela, je m’en voulais de ne pouvoir penser à Iacq sans rancune à la fois et sans gratitude. Mais un jour qu’assis avec Iule sous les bouleaux parmi les roches, nous admirions notre toit, elle me dit :

— Songe donc à la figure que ferait Iacq s’il pouvait se douter que toi seul avec tes mains as bâti cette maison ! Il n’aurait plus envie de rire.