— La mort n’est pas encore entrée ici, fit-il, mais va là-bas vers le taillis et creuse une petite fosse.

Je fis comme il disait et la bête maintenant reposait dans la terre légère. L’humide feuillage pleura sur ses esprits pacifiés. Et nous restâmes là un peu de temps sans parler. Ensuite la barbe blanche trembla.

— Si un jour, en venant par la forêt, tu me trouves couché sans vie sur le seuil, ne m’éveille pas. Je veux dormir près de mes abeilles. Le temps se chargera du reste. Il m’est doux de penser que le soleil et la pluie auront bientôt fait de consumer mes os. Et de la vie qu’il y eut en moi naîtront des fleurs et des feuillages où à l’infini continuera de bourdonner la rumeur des ruches.

Il parlait avec sérénité de la mort : il ne la désirait pas et il l’attendait. Mais nous, avec notre jeune force de vie, nous étions remués à l’idée qu’il nous faudrait voir cet homme étendu raide sur le sol. Une ombre plana ; les sources de la sensibilité tressaillirent. Et Iule me tenait dans ses bras en pleurant.

— Est-ce que toi aussi, Petit Vieux, tu mourras un jour ? Qu’est-ce que je deviendrai après que tu auras fermé les yeux ? Je t’en prie, ne me fais jamais cette peine.

Le vieil homme haussa les épaules :

— Penses-en ce que tu veux, toi qui as un cœur viril. Elle ont toutes dit la même chose. Et ensuite quelqu’un vient et boit les larmes sur leur bouche.

Les veines de son front se cordèrent : il soufflait dans sa barbe avec colère ; et il regardait hors de la forêt. Et puis, pressant sa poitrine avec ses mains, il cria, la bouche béante, comme une bête qui aboie :

— Vieille souffrance ! Ne te tairas-tu jamais ?

Iule porta le doigt à son front et me dit à l’oreille :