Les pauvres hommes d’autrefois, dans leur industrie naïve, avaient tiré l’étoupe des fibres ligneuses pour s’en vêtir ou s’étaient fait des manteaux avec les feuilles sèches. Mais nous étions, nous, les rejetons des vieilles souches pourries : peut-être nos pères inconnus avaient couché dans de bons draps moelleux. Iule tendrement attirait ma tête vers sa poitrine et moi, au cœur de sa vie, entre ses deux bras repliés, j’avais chaud comme aux jours de l’été. Maintenant aussi, il lui arrivait de lever jusqu’à mes mains ses seins épais et blessés. C’était un grand poids qui lui tirait son corps en avant comme se courbe un arbre sous le fruit. Elle disait :
— Quand tu les portes ainsi avec moi, je souffre moins.
Elle traînait un mal sourd, continu ; quelquefois, comme un fruit blet, elle tombait sur le sol en gémissant et criait :
— Petit Vieux, je crois que je vais mourir.
Déjà c’était la fin de l’hiver : de petites neiges étaient tombées comme si avec les mains nous avions secoué des pommiers fleuris. Jamais nous n’avions autant dormi ; nous dormîmes un long songe d’oubli et de repos. Et une à une les petites mains des feuilles se déplièrent au vent doux. L’herbe s’étoila d’anémones, comme des gouttes de lait tombées des mamelles de la nuit. Nous savions que c’était encore une fois le printemps.
Je traversai la forêt. J’allai devant moi jusqu’à la maison du vieil homme et je lui dis :
— Père, Iule souffre d’un mal que nous ne savons pas. N’as-tu pas une herbe qui puisse la secourir ?
Il riait :
— C’est la vie, petit, c’est la vie.
J’étais là triste et penchant la tête.