Alors un nuage ternit ses yeux et il pleurait sans larmes, la tête basse, regardant loin en lui-même.
— Bien, c’est bien. Voilà, oui, c’est bien que tu me demandes cela, dit-il enfin.
Et tout à coup sa voix baissa, comme s’il avait honte de se rappeler son nom.
— Je m’appelle Jean. A présent fais selon ton désir.
Je n’aurais pas été plus remué si dans ce moment le vieux maître était sorti du bois, disant : « Lui et moi nous sommes le même homme. » Mes dents claquaient.
— Vois un peu, m’écriai-je, l’autre aussi s’appelait Jean.
L’almanach battait sur mon cœur ; ce fut un des bons moments de ma vie. Je revins vers Iule et je lui dis :
— Il sera deux fois Jean, car voilà, le Père a le même nom que le vieux maître. N’est-ce pas là une chose heureuse ?
— Bon ! fit-elle en riant, si l’enfant pisse droit comme un garçon.
Je n’avais pas encore pensé que ce pût être une fille. Elle ouvrit plusieurs fois de suite la bouche et elle soufflait doucement le nom devant elle comme un air de chanson. A mesure il perdait sa rudesse un peu brusque. Il devint Yan et comme cela il ressembla un peu à Iacq ; et ensuite ce fut plus doux encore. Elle l’appela Yantje. Il traîna ainsi dans l’air comme un petit cri blessé d’oiseau ; il prit son vol et palpita haut et joyeux comme le vent de l’été. Moi, je l’aurais plutôt crié comme les geais avec l’orgueil de mes poumons. Puis elle se tut, elle sembla, avec ses yeux fixes devant elle, regarder le nom vivre et devenir un petit homme. Je cessai d’exister ; il n’y eut plus que l’enfant ; et elle était avec lui du fond de sa vie, avec un grand songe dans les prunelles. Elle lui parlait comme s’il était là derrière la porte, remuant ses claires petites mains. Follement elle lui disait :