— Ah ! ah ! tu sais rire, toi, quand je dis Yantje ! C’est qu’il connaît déjà son nom !

Je cessai tout à coup d’aimer ce petit.

La grande douleur arriva avec la lune d’été. Elle languit un jour entier et puis encore la nuit, pressant son flanc avec ses deux mains. Et enfin ses cris montèrent, si horribles que j’aurais donné mon sang pour ne plus les entendre.

Elle criait toujours :

— Prends la cognée, tue-moi.

Pourquoi le Vieux m’avait-il appris à aimer la vie ? A présent j’allais sur le seuil et je tendais mon poing vers le ciel, j’injuriais quelqu’un là-haut ; celui-là aussi à la ville était constamment blasphémé par la douleur des hommes. Et ensuite il arriva cette chose : moi, l’enfant vomi du genre humain, le Petit Vieux mis bas au coin d’une borne, je pensai pitoyablement aux souffrances de la femme inconnue qui m’avait porté. Dans la nuit terrible, pour la première fois mon cœur tout à coup cria vers celle qui m’avait maudit. Une mère naquit de ma pitié très tendre et profonde : l’orphelin, le rejeton exécré enfanta sa mère.

Il y a de si puissants mouvements dans la nature et qui n’ont pas de nom ! Peut-être cela eût pu s’appeler le pardon, et elle ne l’a jamais su.

L’aube passa avec son frisson crispé ; un jour nouveau monta ; et une petite chose roula dans le lit de fougères. J’étais à genoux, penché sur l’enfant, tremblant de tout mon corps, avec le saisissement et la peur de cette vie qui maintenant s’agitait là et était sortie de moi. Il poussa son petit glapissement sauvage ; les arbres reconnurent le fils de l’homme ; et l’agonie de Iule fut déliée. Elle soupira faiblement :

— Va au ruisseau, prends de l’eau : nous le laverons ensemble.

Il y avait si longtemps que cette voix de la femme ne m’avait plus parlé !