—Barnevelt aussi était un grand homme, dit-il.
On ne savait pas tout de suite à quoi rimait la mémoration de ce personnage, et si, dans sa pensée, à lui Jasper Joost, il y avait là comme une égalité de valeur avec l’homme que le parti des «Gueux» eût voulu avoir pour chef. D’ailleurs, à la minute même Liesje, dans l’envolée de ses basques de jaquette, s’irruait, criant, plus morte que vive:
—On entend le tambour! c’est la révolution!
Ils écoutèrent: le tambour, comme elle l’avait dit, battait dans une rue voisine. Aussitôt Jasper se leva, très pâle, un poing sur la table, dans l’attitude d’un homme qui va proclamer la république ou quelque chose d’approchant.
—Voilà, s’écria-t-il, le moment est venu!
Et il prenait sa grosse petite femme dans ses bras; à son tour celle-ci prenait Liesje dans les siens. La minute fut anxieuse, comme tout ce qui agit à contre-temps sur les estomacs. Là-haut, dans sa niche, l’homme du destin, le jaquemart, frappait du glaive son écu.
Maintenant le tambour tournait le coin de la rue et rapidement se rapprochait, scandant le bruit sourd d’une troupe en marche. Jasper ne pouvait plus trouver une parole et tout à coup une vision de drapeaux et de foule lui passait sur les yeux: il manqua tomber; il avait reconnu Flip et les camarades; en tête, porté à bras sur son fauteuil, Tone avait des mouvements de barque secouée par les flots. C’était la grève qui arrivait manifester sous ses fenêtres. Elle fit face à la maison et, à travers les roulements frénétiques du tambour, elle hurla:
—Vivat à notre Jasper Joost!
C’était vraiment là le cœur d’un peuple, qui éclatait dans un grand cri d’amour; tous tendaient leur chapeau au bout de leur poing et leurs bouches tremblaient d’espoir dans leurs maigres visages blêmes. Il aurait pu les nommer par leurs noms pour les avoir secourus isolément en tant de circonstances où ils s’étaient adressés à lui comme au bon Dieu de la ville.
—Longue vie à notre Jasper Joost! clamaient toujours les cent cinquante hommes qui étaient là.