Moederke, pour ne point rester à rien faire, était allée prendre une paire de bas qu’elle reprisait à la boule, près de la fenêtre. Mais tout à coup Alain dit à Roselei qu’une des ruches était en humeur depuis que la nouvelle petite reine était partie. Ils se levèrent et entrèrent au jardin; au bout se trouvait le rucher sous son toit de tuiles. Toutes les abeilles étaient dehors et fluctuaient en longs remous, comme un fait civique vide à la rue les maisons d’une ville: l’odeur du miel fermentait plus fort; et elles échangeaient des nouvelles, d’un long bourdonnement comme le bruit du vent dans les peupliers. Il n’eut pas besoin de siffler sa chanson, cette fois, tant elles étaient occupées d’elles-mêmes. Il était content: depuis un peu de temps, les mâles consommaient tout le miel; la reine, en les entraînant dans son vol, en avait débarrassé la ruche.
—Oh! fit-elle, j’avais quelque chose à vous dire, Alain. Hier encore le baron est venu: son fils aîné l’accompagnait... Devinez un peu pourquoi.
Alain d’abord haussait les épaules et soudain devenait très pâle et ses lèvres tremblaient. Elle vit ainsi qu’il avait deviné.
—Oh! Alain! fit-elle, le fils Van Pède aussi aurait voulu... Est-ce croyable?
Et sans cause, elle avait envie de pleurer.
Alain, lui, était demeuré sans rien dire, et il regardait devant lui, très loin. Il ne pensait plus à ses abeilles.
—C’est mère qui me l’a dit, fit-elle, et elle m’a demandé ce que je pensais de ce jeune homme. «Rien», ai-je répondu. Et elle a ri en disant: «Il n’y a pas autre chose à en penser».
Encore une fois passait un petit silence et Alain disait faiblement:
—Il faudra bien que cela arrive une fois ou l’autre, Roselei.
Comment cette parole avait pu passer par ses lèvres, il s’en étonnait maintenant; et elle se mettait à effeuiller les pétales d’une rose à demi fanée, en disant: