Voilà comment il se fit que six mois plus tard, quand la fille des Baesrode eut ses dix-neuf ans, elle échangea l’anneau avec le fils des Six jeunes hommes; et il y eut de grandes réjouissances dans le village et les deux villages qui joignaient le domaine. La veille et le jour du mariage on tira jusqu’à la nuit des boîtes à feu, au nombre de cent cinquante. Mme Baesrode donna un manteau de velours et d’or à Notre-Dame des Dunes qui était la patronne vénérée de la région. Un cortège de soixante cavaliers, des chapelets de fleurs autour du cou, accompagna les mariés à l’église. Cela valait bien la cavalcade en l’honneur du duc de Bourgogne d’où la rancune de la petite baronne les avait tenus écartés. Comme il n’y avait pas de pauvres dans le pays, il ne fut pas nécessaire de faire des largesses d’argent, de pain, de charbon, de vêtements. Mais il y eut un carrousel auquel tous les jeunes hommes des petites et des grandes fermes, rouges et goguelus, montés sur de puissants chevaux aux crinières entrelacées de rubans, prirent part et dont les vainqueurs obtinrent pour trophées des médailles frappées en commémoration du grand événement. Hugo Baesrode gratifia aussi les petits cultivateurs de machines agricoles qui leur allégèrent à l’avenir le prix de la main-d’œuvre. Il ouvrit, en outre, des concours entre archers, abatteurs de quilles et joueurs aux jeux de force et d’adresse. Enfin, il institua, sous forme de livrets de caisse d’épargne, cinq dots pour les cinq plus vieux serviteurs de la contrée, valets et servantes de fermes. Ce fut Thècle elle-même, avec ses quarante ans de service et ses soixante-douze années d’âge, qui, de ses antiques mains nouées par le rhumatisme, aux accents nourris d’une Brabançonne exécutée par la fanfare du village sur la place pavoisée de drapeaux et de feuillages, remit les livrets. Et puis, publiquement, devant les bourgmestres et échevins des alentours réunis et applaudissant de leurs gros battoirs, lui, le maître du pachthof, il avait embrassé ce type de la vieille humanité fidèle, donnant à entendre par là qu’il faisait d’elle l’égale des autres membres de la famille.
Là-dessus, il prononça quelques paroles brèves et saisissantes comme il en savait trouver à la Chambre. Naturellement, il n’oublia pas d’adresser son salut à la terre maternelle.
Cela sonna comme une musique de gloire et d’amour dans le vent qui la porta au large par la terre et le ciel. Sa voix ensuite baissait un peu comme pour être plus près de son cœur et il disait:
—Terre des heureux époux et des vieux serviteurs fidèles!
C’est comme s’il avait dit: «Terre d’une race unique au monde...» On voyait alors les gens des fermes doucement pleurer dans leurs mouchoirs.
Au lecteur
Cette version numérisée reproduit dans son intégralité la version originale. Les erreurs manifestes de typographie ont été corrigées.
La ponctuation a pu faire l’objet de quelques corrections mineures.
Veuillez noter que les pages de publicité n’ont pas été reproduites.