—J’ dis pas non, mais voilà, ça s’ dit. J’ dis point autrement que les autres y disent.

Et il l’admirait rebrousser, de sa petite main aux doigts d’enfant, le jaune poil rêche de la chienne. Il en avait bon au cœur.

Noémie tout de suite était devenue le rire frais de l’hôtellerie. C’était le temps du chômage pour les Moya: il ne venait un peu de monde qu’à la saison des prunes, et plus tard aux mois de la chasse. Quelquefois quelqu’un entrait prendre une chope au comptoir et puis ressortait. Le soir seulement on était une tablée de six à huit, buvant du péquet et jouant aux cartes, dans le grand silence du village. Fauche, le grand Cortise, Bellaire étaient des habitués. La veillée se prolongeait à abattre du poing les cartes sur la table. A minuit Bellaire se levait. M. Fauche et Cortise demeuraient les derniers. Et tout de même à la fin le grand Cortise à son tour, droit dans ses guêtres, détalait.

Noémie, dans un demi-sommeil, l’entendait de sa grosse voix ronflante chanter sur la route: quand celle-ci montait, la voix montait avec elle, et puis, après un petit temps, la route tournait. Un pas qui battait la marine, une porte qui se fermait: c’était Jean Fauche qui à son tour rentrait.

Cortise était un vrai gars de la montagne, chassant, tendant aux grives, coupant lui-même son bois. Il habitait devant le fleuve, à une demi-heure de la Truite d’or, un petit chalet qu’il s’était construit à mi-côte. Il avait sa barque à l’eau comme M. Fauche. C’étaient, en somme, des heureux de la terre.

Cependant Jean Fauche était plus simple que Cortise. Celui-là, avec son dandinement, sa grosse vie bruyante, ses éclats de voix et ses grands gestes, avait un air suffisant et luron qui déplaisait à Noémie. Personne ne montait au chalet qui n’en descendît la tête à l’envers, tapé par ses bourgognes et ses petits moselles. Noémie ne lui pardonnait pas d’avoir, un jour qu’elle passait, poussé le coude à M. Fauche en claquant de la langue. Celui-ci, au contraire, réservé, les yeux doux, un peu en dedans, comme on disait, lui inspirait de la confiance. D’ailleurs, il s’apprivoisait; à l’heure de l’arrosée, ses manches de chemise gondolant au vent du matin, il levait la tête par-dessus la haie et lui tirait son coup de chapeau. Une fois elle avait répondu:

—Bonjour, m’sieu Fauche.

C’était un commencement de connaissance. La vieille Hollemechette estimait qu’il pourrait bien s’en suivre quelque chose. On était libre de ne pas penser comme elle.

VII

Noémie maintenant savait par Tantin que cet ours de M. Fauche après tout était un brave cœur. En le prenant à son service, il lui avait acheté un lopin de terre avec une petite maison. Tantin, dans ce pays de rocs, avait été carrier: un éboulement lui avait cassé les reins; il n’y avait pas d’autres raisons; et il répétait: